Héritier de faiblesse et de légèreté

Publié le par Lucie Delarosbil

Selon Bona Arsenault, le missionnaire itinérant Jacques Delavaivre avait exercé à Paspébiac de 1796 à 1801. Cyprien Tanguay nous informe qu'il fut ''ordonné le 6 novembre 1791; arrivé le 6 juillet 1795; 1796, missionnaire à Bonaventure; 1801, chapelain des Ursulines des trois-Rivières; parti le 15 juillet 1803.'' Ordonné où ? Arrivé où ? Parti où ? À ces trois questions, les plus plausibles réponses seraient France, Québec, France. Aucune date de naissance en vue, ni de décès. Il faut chercher ! 

Dans ses Registres de Bonaventure 1791-1900, Bona Arsenault lui accordait un espace, mais en disait peu sur son passé : ''En France, l'abbé Delavaivre faisait partie du diocèse de Lyon.'' Lors de la Révolution, ''chassé de son pays'', il était venu au Canada en compagnie des abbés Desjardins et Castanet. (p. 28 et 29) La biographie de Castanet, prêtre récollet à Caraquet, nous informe seulement que, en 1798, Castanet avait laissé ''sa mission entre les mains des abbés Desplantes et de La Gaivre'' et que ce dernier ''avait été envoyé en 1796 pour aider les deux missionnaires''. Un Bulletin de recherches historiques (vol. 4 à 6) nous décrit une partie de la nature de Delagaivre : 

M. Desjardins reçut avec joie le secours d'un auxiliaire, dans la personne de M. De la Vraivre, prêtre français, comme lui victime de la révolution et qui devait se fixer à Bonaventure. Ce prêtre était d'une constitution très faible et nullement propre au ministère si plein de dangers des longues et pénibles missions de la Gaspésie. Aussi, Louis-Joseph Desjardins se réserva les plus pénibles, ne laissant au nouveau missionnaire que Bonaventure et Paspébiac. (p. 170) 

À Paspébiac, l'abbé Jacques Delavaivre débuta dans le registre, le 12 février 1797, avec trois baptêmes : Germain Hobut, Pierre Huart, Pierre Roussi. Le lendemain, le 13, ce fut la sépulture de François-Xavier Brasseur. Il ne numérotait pas les actes comme le faisait celui qui l'avait précédé. Il signait Delavaivre p. M., sans séparer son nom en trois, ou Delavaivre tout court, et sans son prénom, ni l'initiale. Dix mois plus tard, le 14 août, ce furent les baptêmes d'Etienne Castillou, d'Euphrosine Duguet et d'Isabelle de la Rosbille; le lendemain, le 15, le mariage de Louis Huart et de Geneviève Delarosville, la soeur d'Isabelle baptisée la veille. 

Le temps des mariages ! Le 11 octobre, celui de Jacques Loisel et d'Isabelle Doiron, avec les signatures de Rober Loisel, le frère de l'époux, et de François Gionet, un ami de l'épouse; et celui d'André Roussi et de Marguerite Brasseur, François Gionet avait encore signé, ami de l'épouse. Le lendemain, le 12, ceux de deux soeurs Roussi : Paul Chiasson et Elizabeth Roussi, Michel Parisey et Rosalie Roussi. François Gionet avait encore signé comme étant ami de Michel Parisey. Le 23 novembre 1797, ce fut celui de Baptiste Langlois et de Christine Duguet. 

Quatre mois plus tard, les baptêmes revenaient. Le 29 mars 1798, ce fut ceux de Claire Huart et de Modeste Engleart; le 1 avril, ceux de Véronique Dugué, de Jean Laroc et de Félicité Aspirot; le 3 juin, celui d'André Roussi; le 24, celui de Philippe Huart; le 8 juillet, ceux de Pierre Laroc et de Michel Bergeron; le 24 août, celui de Michel Barthélemi Parisey; le 26, ceux de Geneviève Duval, le parrain René Mc Donell avait signé, de Céleste Thompson, le parrain Jacque Lefevre avait signé; le 16 septembre, ceux de Pierre-Paul Chiasson, le parrain P. L. Roussi avait signé, de Julien Loisel et de François Huart. En novembre 1798, le 18, ce fut le mariage d'Eustache Vicaire et de Théotis Garnier, Jean Cronier père et Bertran Darrosbil avaient signé, ce dernier comme étant un ''ami de l'épouse''. Le 25, ce fut le baptême de Louis Allain. Le 26, ce fut le dernier mariage de l'année, celui de Louis Parisey et de Magdeleine Roussi, Delavaivre avait spécifié : Pierre Léon Roussi a seul signé avec nous. En 1799, le 2 janvier, ce fut le baptême de Joseph Cronier; le 27, ceux d'Edouard Huart, de Claire Autséna et d'Hilaire Roussi; le 12 mai, ceux de Rosalie Loisel et de Marguerite Huart; le 14, ceux de Stanislas Roussi et d'Etienne Michel, et le 20 octobre, ceux de Modeste Langlois et de Charles Garnier. 

Jacques Delavaivre débuta le nouveau siècle le 1er février 1800 avec le baptême de Marie Geneviève Roussel, ses parents habitants de Carlisle. Le 24 février, il célébra le mariage de Pierre Darosbille avec Marie Rose Duguet. Le 16 août 1801, étonnamment, un certain Joyen Prêtre signa l'acte de baptême de Pierre Parisée. Qui était ce Joyen qui signa un seul acte dans nos registres ? Selon Tanguay, en 1798, un dénommé René-Pierre Joyer fut ''missionnaire à Caraquet, Baie des Chaleurs''; peut-être pendant dix ans car il était à Saint-Sulpice en 1806. La mission de Jacques Delavaivre à Paspébiac se termina le 27 septembre 1801. Que se passa-t-il dans sa vie par la suite, après son passage de cinq ans à Paspébiac ? 

Dans la brève biographie qu'il lui accorda, Dionne lui octroyait ''un caractère un tant soit peu léger'' et le qualifiait ''porté par un tempérament à la frivolité''. Il fit de lui une description très sévère et détaillée de son attirance vers les amusements, les promenades, les divertissements, les plaisirs de la vie. Cette vie décrite qui ne dura qu'un an, neuf mois et dix-huit jours, à Trois-Rivières, jusqu'au jour qu'il retourna en France, le 15 juillet 1803. C'est à se demander comment furent ses cinq années à Paspébiac et Bonaventure ? 

Toujours selon Dionne : Jacques Delavaivre aurait finit sa vie enfermé ''dans une maison de retraite'', où il y passa le reste de sa vie dans la mortification et la pénitence; et son collègue et ami Desjardins avait écrit plus tard que Delavaivre ''expiait, avec des larmes de repentir, la légèreté de sa conduite sur le sol canadien''. Quelle triste fin ! On ne trouve pas encore sa naissance et son décès.

© Lucie Delarosbil, 2020

SOURCES & RÉFÉRENCES : Jacques Delavaivre : Cyprien Tanguay (p. 161), N. E. Dionne, Les écclésiastique et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution, 1791-1802, 1905, p. 256 et 257; Jean-Baptiste-Marie Castanet : DBC par M. Della et M. Stanley; René-Pierre Joyer : Tanguay (p. 163)

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R
Plutôt intéressant!
J'y retouve là le mariage de mon patriarche Jacques Loisel, son épouse Isabelle Doiron, et probablement Germain Aubut, fils de Michel et Madeleine Huart, et marié à Véronique Langlois.
Le baptême de Julien Loisel fils de Jacques!

Tous sous Jacques De La Vaivre.

Bravô et encore Merci! Un complément à mes recherches.
RealT????????????
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