Un scandale sous la main de l'Église

Publié le par Lucie Delarosbil

21 juin 1807 - Port-Daniel

Mariage de Jacques Grenier et de Louise Cyr, le fils de Jacques et de Catherine Langlois avec la fille de Charles et de Geneviève Langlois. À l’époque, on orthographiait Garnier les membres de la grande famille des Grenier actuels.

Le vingt et un juin dix-huit cent sept, vu la dispense de trois bans de mariage et celle du second degré de consanguinité pure entre Jacques Garnier, pêcheur du Port Daniel fils majeur de feu Jacques Garnier et de Catherine Langlois, d’une part; et Louise Cyre, fille aussi majeure de feu Charles Cyre et de feu Geneviève Langlois, aussi du Port Daniel, d’autre part; laquelle dispense a été accordée par Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque de Québec, ne s’étant découvert aucun autre empêchement au dit mariage, nous prêtre missionnaire les avons conjoints en légitime mariage et avons légitimé une enfant fille, qu’ils nous ont présentée, et provenant de leur union scandaleuse avant le dit mariage; le tout suivant la forme prescrite par la Ste Eglise, notre mère, en présence de Louis Roussy ami, de Benoni Chappadeau, aussi ami de l’époux, de Charles Cyre, frère, et de Joseph Huart, ami de l’épouse. Un seul a su signer. Les autres ont déclaré ne le savoir. - L. Roussy - Ch. Fr. Painchaud, ptre.

Dans cet acte, la mention « second degré de consanguinité pure » peut être une source de dévoilement important en généalogie. Elle offre sur un plateau d’argent une preuve de parenté directe entre quatre personnes: les mariés étant cousins germains et leurs mères, des soeurs, et ainsi deux des petits-enfants et deux des filles de Pierre Langlois et d’Anne Huard. Si on ignorait les parents de Geneviève, en sachant ceux de Catherine, par exemple, eh bien, on l’apprend par le contenu de cet acte. Notons que, avant de se marier, les cousins devaient se faire accorder une « dispense » par l’évêque du diocèse de Québec. À cette époque, Joseph-Octave Plessis occupait cette fonction depuis le 27 janvier 1806.

Une autre mention: « avons légitimé une enfant fille », ouvre grand la porte à la curiosité généalogique. Qui est cette enfant ? Quel est son nom ? Une réponse plausible. Un acte de baptême précède le mariage, celui d’une « Geneviève illégitime », née de « parents inconnus » et ayant pour « marraine Louise Garnier ». Plus tard, on découvre que le couple avait bien une fille prénommée Geneviève, et le père, une soeur prénommée Louise. Conclusion satisfaisante.

Entre vous et moi, le prêtre Painchaud aurait dû centrer son attention à légitimer l’enfant en citant son prénom plutôt qu’à officialiser une liaison hors mariage en la traitant de scandaleuse.

© Lucie Delarosbil, 2014

Source de l’acte: FamilySearch, Québec, registres paroissiaux catholiques, 1621-1979, Paspébiac, Notre-Dame-de-Paspébiac, Baptêmes, mariages, sépultures, 1791-1811, 1839-1866, Image 43/476.

Publié dans Actes de mariages

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Hervé 21/04/2014 21:05

Si tu savais ! lorsque j'ai déclaré la naissance de ma fille au consulat de France à Montréal et qu'en la présentant à l'officier de l'État civil, il ne s'est pas gêné de répéter à plusieurs reprises lorsqu'il remplissait les formulaires "Chloé née HORS mariage ..." en insistant bien sur le mot HORS, c'était en 2009.

Lucie Delarosbil 21/04/2014 21:48

Désolant ! De mon côté, deux de mes enfants sont nés hors mariage et enregistrés à Montréal. Je n'ai pas connu de genre de problème. Tout s'est passé dans l'ordre et le respect. Aucun sous-entendu, aucun préjugé, c'était en 85 et 92.

Jean-Michel Girardot 21/04/2014 20:33

J'ai rencontré aussi ce genre de légitimation après mariage en Franche-Comté au XIXème siècle. Ce qui fait scandale AMHA c'est plutôt la liaison pré-conjugale entre cousins germains

Lucie Delarosbil 21/04/2014 20:51

Très possible. J'y ai vraiment cru au début. Le prêtre ajoute « avant le dit mariage ». Ainsi j'ai plus tendance à croire qu'il faisait seulement référence à la liaison hors mariage, puisque ce dernier leur était accordé. AMHA aussi...