Marie de Larralde, une femme éprouvée

Publié le par Lucie Delarosbil

Marie de Larralde était la mère de Bertrand Darrosbile de Paspébiac. Fille de Jean de Larralde et d’une mère dont le nom reste inconnu, elle était née vers 1710, probablement ailleurs qu’à Bidart, dans une autre commune du Pays basque. Difficile de trouver ses ascendants ! Qui sait, peut-être qu'avec les lieux cités dans différents actes, on finira par trouver.

Le 28 octobre 1724, une certaine Marie de Larralde naissait à Bidart. Elle était la fille d’un autre Jean de Larralde et de son épouse Marie Dithurbide, les sieur et dame de la maison Joanniscorenea, mariés le 15 janvier de la même année. Au baptême, le lendemain, le parrain fut Jean de Planthion, notaire royal et juge de la commune d’Arbonne, remplacé par son frère Jean Louis. La marraine était Marie Etcheberry, une autre « dame de la dite maison », décédée le 5 octobre 1746, âgée d'environ 82 ans. Selon les traditions basques, elle était probablement la grand-mère maternelle de l’enfant puisque la mère était l’héritière de la maison. En tout cas, le père de cette Marie de Larralde portait le même nom que le père de notre Marie de Larralde. Plausible qu’il était son frère aîné ! D’ailleurs, en octobre 1727, âgé d’environ trente ans, il décédait à l’Ile royale, bien qu’il n’apparaisse pas parmi tous les Larralde dans le fameux livre de Paronnaud. En plus, aucune mention évidente de famille sur son acte de mariage, ses parents n’étant pas nommés. Vraiment rien pour nous guider avec son nom de famille !

Le 3 février 1733, notre Marie épousait Bertrand D’Arrosbide, « fils d’Etcheparea ». On avait inscrit son nom sous la graphie « Larraldea ». Son père « Jean de Larralde » était déjà décédé et le nom de sa mère avait été oublié... Non pas oublié d’être inscrit dans l’acte de mariage, mais bien « oublié » tout court... Car le curé Hiriart avait écrit dans cet acte: « l’on a oublié le nom de la mère ». Comment peut-on oublier le nom d’une mère ? À part le prêtre vicaire Hiriart et le curé du même nom, seul le sieur d’Ithurrondoa, Bertrand d’Arrosbide, était témoin à son mariage. Évidemment, il s’agissait du parrain de l’époux, le frère de son père Pierre. À première vue, personne d'autre de sa famille à elle, Marie, n’était mentionné. Pas d'autre Larralde du moins.

Un peu plus de neuf mois plus tard, le 21 novembre 1733, naissait son premier enfant, un fils prénommé Bertrand comme son père. Le couple était locataire à la maison St Pau Beheria. Magdalene Darospide, la soeur aînée du père, l’héritière de leur maison natale, avait été choisie pour devenir la marraine de ce premier enfant. Quant au parrain, Bertrand Duhalde, sieur de la maison Duhaldia, on avait été plus loin que Bidart pour le cueillir... Il venait d’Ascain, à près de quinze kilomètres de route. Encore une fois, à première vue, aucun lien de sa famille à elle, Marie. Pas de Larralde.

Deux ans plus tard, le 10 octobre 1735, elle donnait naissance à son second enfant, un fils prénommé Pierre comme son grand-père paternel. Avec son mari, elle était déménagée à la maison Amestoya, le diminutif d’Amestoyenea, où ils étaient fermiers. Cette fois-ci, pour parrain, on choisissait Pierre d’Etchemendy, l’époux de la tante héritière d’Etcheparea, et pour marraine, Marie Dithurbide, la dame héritière de Joanniscorenea. Cette dernière étant l’épouse de Jean de Larralde, il ne fait plus aucun doute qu’elle devait être la belle-soeur de Marie. Sinon, pourquoi la choisir pour marraine de son fils ?

La vie de Marie de Larralde ne semblait pas de tout repos. Orpheline de ses deux parents, avant de se marier, elle avait été la servante du curé de Bidart, on ne sait ni pourquoi, ni depuis quand. En tout cas, en 1740, dès le départ de son mari pour la pêche à Louisbourg, elle n’imaginait certainement pas la série de malheurs qui l’attendaient. Il ne revint jamais. Le 23 août, elle était la veuve d’un homme reconnu coupable de trois meurtres, qui venait de vivre deux mois de procès, avant une peine de mort atroce. Quand avait-elle appris l’affreux événement ? À l’automne sans doute. Seule avec deux enfants de quatre et six ans, les épreuves ne voulaient pas la lâcher.

Le 27 février 1745, elle demeurait encore à la maison Amestoya. Ce jour là, elle se remariait avec Laurens Celhay, un fils de la maison Balestero, le diminutif de Balesteronea. Ses enfants, Pierre et Bertrand avaient neuf et onze ans. Les témoins au mariage, béni par le curé Hiriart, étaient le prêtre vicaire Bertrand Planthion et Martin Dibarbure, sieur de la maison Iparraguerre de la commune d’Arbonne. Toujours pas de Larralde en vue sur cet acte de mariage. La même année, le 21 septembre, l’autre Marie de Larralde, sa probable nièce, se mariait avec Martin Duhart, avec les mêmes témoins présents, Martin Dibarbure ayant été inscrit « héritier d’Iparraguerre ».

Le 18 février 1748, le jour du baptême de Marie Duhart, la « fille légitime et posthume de feu Martin duhart et Marie de Larralde », notre Marie était la marraine, « locataire a Balestero », la maison natale de son nouvel époux. Les parents de l’enfant étaient les sieur et dame de la maison Joaniscoronea. En fait, il s’agissait du baptême de la petite-fille des anciens sieur et dame de cette maison, Jean de Larralde et Marie Dithurbide. Marie de Larralde devenait donc la marraine de sa possible petite-nièce, la fille de sa possible nièce Marie de Larralde, celle née en 1724. Par ailleurs, le couple Duhart/Larralde avait eu une fille prénommée Etienette le 15 juin 1746. Le parrain avait été Bertrand Planthion, « sindie général du labourt et sieur de Salla du lieu d’Arcangues », et la marraine, Etiennette Celomés, dame de la maison Potienea de Bidart.

En 1750, à seize ans, le fils aîné de Marie, notre Bertrand, commençait à naviguer sur les mers pour la pêche en Gaspésie. Au printemps 1758, il était au service du roi de France sur le Belliqueux, un vaisseau capturé en novembre par les Anglais et l’équipage emprisonné à Bristol. Cinq longues années sans voir son fils ! Savait-elle où il se trouvait ? Avant son retour, le 7 octobre 1762, Marie de Larralde devenait la marraine de Jean d’Apesteguy, le petit-fils de sa belle-soeur par alliance. Elle était « locataire de Briquetenea ». Sorti des prisons d’Angleterre en 1763, à la fin de la guerre de Sept Ans, son fils Bertrand revenait et continua la pêche. Le 12 juin 1764, malgré son absence, il était remplacé par son beau-père comme parrain de Bertrand d’Apesteguy, le petit-fils de sa marraine, le frère du filleul de sa mère. Le 6 mars 1765, il repartait... sans jamais revenir. Le 6 avril 1766, Marie perdait son mari Laurens Celhay, le sieur de la maison Balestero.

Enfin, le 31 décembre 1771, vers soixante ans, elle mourait « subitement après une maladie des années occasionnée par un cancer à la mamelle ». Elle était inhumée le lendemain, au Jour de l’An 1772. Sur son acte de sépulture, elle était considérée « locataire dans la maison Balestero ». Tant de déménagements ! Tant de maisons ! Aucune possession ! Son fils Bertrand fut déclaré « absent, sans nouvelles depuis 10 ans au renouvellement des registres », probablement en 1775. Le parcours de son fils Pierre demeure toujours introuvable.

© Lucie Delarosbil, 2014

Publié dans Basques & Pays basque

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Jean-Michel Girardot 14/05/2014 20:05

Quel destin ! Bravo pour tous ces détails.

Lucie Delarosbil 18/05/2014 23:40

Merci, Jean-Michel. En effet, j'ai tendance à crouler sous les détails. J'espère juste ne pas noyer les autres. ;-)