Juge justiciable et la justice

Publié le par Lucie Delarosbil

En 1831, le Judge Thompson, âgé de quarante-quatre ans, pratiquait sa profession dans la région depuis quatre ans. Il avait été « admis au barreau et nommé juge provincial à la cour pour le district de Gaspé en 1827 ». Selon le recensement, sa famille comptait neuf personnes: son épouse et lui-même, un garçon de 6 à 13 ans, un autre de 18 à 20 ans et cinq filles de plus de 14 ans, tous « en relation avec l’Église d’Angleterre ». Cinq employés travaillaient pour lui, fermiers ou serviteurs. Il avait un cheval et une bête à cornes. Une catégorie spécifiait qu’il louait la maison qu’il habitait. On suppose qu’il vivait à Hopetown, à deux maisons de Jean-Michel Chapados de Paspébiac, entre Adam Brotherton et Jery Enwright (Jeremiah Enright?).

Un fermier du nom de John Thompson résidait à New Carlisle. Était-il apparenté à ce juge ? En 1831, ce John Thompson était le chef d’un ménage de treize personnes. Homme marié, âgé de 30 à 59 ans, il avait à sa charge sept garçons et quatre filles, probablement tous âgés de moins de 21 ans. Ayant obtenu sa terre par adjudication, il gagnait leur subsistance dans les travaux de l’agriculture. En plus de ses deux maisons, il possédait huit bêtes à cornes, deux chevaux, quatre moutons et six cochons.

Le cas du juge Thompson s’avère intéressant à relater. Deux livres sur la Gaspésie nous instruisent grandement à son sujet. Rien de mieux que de citer des passages. Le premier extrait témoigne d’une générosité éloquente quant aux véritables paroles prononcées par un avocat francophone, de Percé, à l’encontre du juge Thompson.

En 1835, un groupe de citoyens réclame la destitution du juge provincial du district, John Gawler Thompson, ami du gouverneur Dalhousie et de Robert Christie, député de Gaspé. L’un des deux députés du comté de Bonaventure, l’avocat percéen Joseph-François Deblois, premier avocat de langue française en Gaspésie, accuse en Chambre le juge Thompson de « hauts crimes de malversasions. » Il lui reproche son « imbécilité naturelle », son « insuffisance du côté de l’intelligence », il l’accuse « de négligence, d’ignorance et de mépris pour les Lois du Pays » et de s’être émmiscé dans la dernière élection générale. L’affaire est amenée au Comité permanent des griefs de la Chambre d’assemblée. Les accusations du député sont endossées par ses confrères, malgré une contre-pétition de Gaspésiens affirmant avoir toujours eu une entière confiance dans les décisions du juge. Deblois gagne sa cause devant la Chambre mais le gouverneur refuse de destituer le juge Thompson. À l’époque, les rapports entre l’Assemblée et l’Exécutif ne sont pas des plus sereins. (Bélanger, 1981, p. 281)

Le second extrait, plus avare de précisions sur les paroles mêmes de l’avocat, omet en plus de parler de la cause gagnée par l’avocat Deblois et de la contre-pétition des Gaspésiens (lesquels? combien?). Cependant, il ajoute des éléments d’informations, entre autres, au sujet des tensions entre parlementaires francophones et « certains » anglophones.

En 1835, le député de Bonaventure, Joseph-François Deblois, porte à l’attention d’un comité de l’Assemblée législative des accusations d’écarts de conduite contre le juge Thompson afin de le destituer. On l’accuse, entre autres, d’être en état d’ébriété, d’user d’influence indue, de détournements de fonds et de prononcer des sentences injustes. À cette époque, les tensions sont vives entre parlementaires francophones et certains anglophones accusés de défendre les intérêts des autorités coloniales. Ainsi, on reproche à Thompson d’être l’ami de Robert Christie, député de Gaspé favorable à l’annexion de la Gaspésie au Nouveau-Brunswick et trop proche du gouverneur. Face à ces accusations, pour la plupart non prouvées, le juge Thompson est blanchi et maintenu en poste. (Fallu, 2004, p. 362-363)

Aujourd’hui, à New Carlisle, une maison, devenue « gîte et musée », porte son nom: John Gawler Thompson. Elle fait partie des biens patrimoniaux préservés par des interventions privées. Décédé en 1868, le juge Thompson « était considéré comme le juge ayant siégé le plus longtemps dans le Dominion du Canada, soit pendant quarante et un an; il a ainsi exercé sa profession sous les gouvernements du Bas-Canada, de l’Union et de la Confédération. » (Fallu, p. 362)

© Lucie Delarosbil, 2014

Sources: Jean-Marie Fallu, La Gaspésie. Jules Bélanger & al, La Gaspésie. « La maison du juge Thompson, New Carlisle » dans Patrimoine de la Gaspésie CyberMagazine. « Maison du juge John Gawler Thompson » dans Facebook.

Publié dans Étude 1831, Ancien village

Commenter cet article

Jean-Michel Girardot 11/06/2014 14:42

Une affaire qui aurait été impossible en France, quelle que soit l'époque !