Origine d'une recette

Publié le par Lucie Delarosbil

En 1979, j'ai reçu en cadeau de mariage un livre de recettes, dédicacé par les personnes chères qui me l'ont offert: « Lucie, ''Les Recettes des Fermières du Québec'', un petit bijou qui va certainement te servir, de grand-mère et Nicole (25 mars 1979) »

Je n'étais pas fermière, juste une jeune mariée de 19 ans, une jeune femme qui voulait devenir végétarienne. Ma grand-mère maternelle avait été une fermière et membre du Cercle des fermières. À Saint-Jogues, village de campagne en arrière des montagnes, loin de la mer, elle avait tiré le lait de ses vaches. Elle avait fabriqué son beurre et son savon. Elle avait semé et récolté ses patates. Elle avait élevé ses poussins et déplumé ses poulets. Elle avait cousu ses couvertures de courtepointe. Je l'avais vue faire. Je l'avais vue faire tant de choses quand je passais du temps avec elle. Alors, ce précieux livre, je m'en suis inspirée comme j'ai voulu. Au fil des ans, j'ai adapté des recettes selon mes goûts et mes désirs, comme celle que je vous présente.

Du Gaspésien, cet éternel « mangeux de morue », Sylvain Rivière écrivait: « La morue et les pommes de terres composaient essentiellement son menu quotidien... » Vous comprendrez ainsi pourquoi j'ai choisi cette recette, un mets qui reste très populaire à Paspébiac. On en sert toujours dans des restaurants le long de la baie des Chaleurs. Il combine la morue et les patates. Morue fraîche ou morue salée, cette dernière demande plus de manipulations. Une recette simple, délicieuse et nourrissante !

Croquettes à la morue

Ingrédients: 4 tasses de patates pilées avec du lait et du beurre, 2 tasses de morue fraîche, cuite et déchiquetée, 2 oeufs battus, 1 oignon émincé, persil frais ou séché, sel, poivre, huile. Préparation: Brunir l'oignon dans l'huile. Mélanger les patates et la morue. Ajouter les oignons, les oeufs et le persil. Saler et poivrer au goût. Bien amalgamer. Façonner en plusieurs boulettes et les aplatir. Les faire frire dans l'huile ou dorer au four des deux côtés.

En 2015, les Cercles de Fermières du Québec aura 100 ans. Cette année, ma grand-mère aurait eu 100 ans, le 17 novembre. Les Fermières nous écrivaient dans leur livre de recettes en 1978: « Ces trésors culinaires nous ont été légués par deux ou trois générations. Nous les offrons à toutes les femmes d'ici quel que soit le lieu où elles habitent, dans les campagnes, les villages, les banlieues et les villes. » À cette époque, je résidais en banlieue d'une ville du Midwest américain, près de champs de maïs à perte de vue. J'y suis restée pendant deux ans et demi. J'étais contente de ce cadeau inattendu, arrivé du Québec, par la poste. Que oui, il m'a servi ce petit bijou, et il me sert encore...

Antoine Bernard écrivait en 1925: « Le poisson gaspésien par excellence, celui qui a fait et surfait la réputation de la péninsule et de ses gens, c'est la morue, la bonne morue bourgeoise et gloutonne, qui mord à tous les hameçons, qui se livrent aux mains calleuses du vieux loup de mer comme aux doigts élégants du sportman yankee ou du monsieur de la ville. » Dans le recensement de 1831, on parlait des récoltes de patates et de blés d'Inde, on citait les noms des pêcheurs, mais rien de rien n'était mentionné sur les résultats de la pêche à la morue.

© Lucie Delarosbil, 2014

Sources: Les Recettes des Fermières du Québec, 1978, p. 30. Sylvain Rivière, Gaspésie, rebelle et insoumise, p. 70. Les Cercles des Fermières du Québec (site officiel). Antoine Bernard, La Gaspésie au Soleil, p. 195.

Publié dans Étude 1831, Ancien village

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Anne Dardaud 17/06/2014 14:50

Bonjour, j'aime beaucoup votre billet, merci pour la recette. Il y a quelques années j'avais écrit sur mon blog sur la mémoire des papilles http://memoirevive-coteblog.blogspot.fr/2011/11/la-memoire-des-sens-15.html que je vous invite à découvrir ! Bonne continuation pour la suite du Challenge ! Anne

Anne Dardaud 17/06/2014 15:35

Non je ne connais pas cette auteure, mais merci du partage, je vais aller découvrir son œuvre : intellect et estomac sont toujours liés chez moi !

Lucie Delarosbil 17/06/2014 15:17

Merci ! Lire sur ce sujet fait monter l'eau à la bouche. C'est bon pour les personnes en perte d'appétit ou en perte de désir de cuisiner. Vrai ou faux ? Celles qui veulent maigrir peuvent se contenter de sentir un bon plat avant d'en manger... elles mangeront moins, semble-t-il.
Connaissez-vous Michèle Barrière ? Elle écrit des romans d'aventures, incluant en annexe un carnet de recettes. Le thème principal tourne toujours autour de recettes du Moyen-Âge.

Jean-Michel Girardot 17/06/2014 14:42

Bien appétissant ! Cette recette rappelle peut-être celle des akras de morue que font les Antillais.

Lucie Delarosbil 17/06/2014 15:20

Merci ! Je crois, Jean-Michel, que nos pionniers ont apporté avec eux, et adapté à notre continent et ses récoltes, des recettes de leur coin de pays.