Prouver sa liberté à Québec

Publié le par Lucie Delarosbil

Au XVIIIe siècle, à Québec, pour se marier les célibataires devaient prouver qu’ils étaient « libres de tout engagement ». Ils devaient produire devant l’Église catholique ce qu’on appelle un « témoignage de liberté au mariage ». Cela pouvait se faire d’une ou de deux façons: en apportant des « certificats légalisés » et en présentant des « témoins crédibles ».

Ainsi, le 7 octobre 1768, dix jours avant son mariage avec Marie-Anne [Olivier] Tareau, Jean-Marie Dugué (Duguay) se présenta avec deux témoins, Pierre-Léon Roussi et Jean Cartier, et un certificat rédigé le 12 avril 1768 par le missionnire Bonaventure Carpentier, récollet de la baie des Chaleurs de 1760 à 1769.

Dans ce précieux document étaient spécifiés certains détails au sujet de Jean-Marie Dugué. Tout d’abord, il avait environ vingt-six ans, ce qui concorde de près avec l’année de son décès en 1810, dont l’acte de sépulture lui donnait l’âge de soixante-quatre ans. Il serait donc né autour de 1742-1746. Puis, on constate qu’il était pêcheur de morue et qu’en plus, il travaillait au service de Pierre-Léon Roussi. Ce dernier était capitaine de navire et maître de pêche, un pionnier bien implanté chez nous. Ensuite, on apprend par le témoin Roussi que Jean-Marie n’était jamais allé en Europe. Pourquoi cette information spéciale supplémentaire ? Sans doute pour appuyer plus fortement ses dires. Un, Jean-Marie n’était pas marié à la baie des Chaleurs. Deux, il ne pouvait l’être non plus en Europe car il n’y était jamais allé. Soit !

Voici la transcription (non la mienne) de la preuve de liberté de Jean Marie Dugué

DUGUÉ Jean Marie 1768-10-07 // L’an mil sept cent soixante et huit le 7e octobre est comparu par devant nous soussigné le / nomme Jean Marie Dugué age environ de 26 ans natif de Pabos dans la Baie des / Chaleurs actuellement pêcheur de Morue demeurant à PaspebiaK en la dite Baie des / Chaleurs au service de Sr Roussi avec lequel il vient d’arriver a Quebec ou desirant / s’etablir avec Marie Anne Clevier et aurait requis de nous faire preuve de liberte pour / quoi il produit pour temoin le Sr Roussi Capitaine de navire maitre de peche et le Sr Jean / Cartier natif de Quebec qu’il dit bien connaitre et en etre bien connu // Et a l’instant est comparu le Sr Roussi capitaine de navire residant et etabli à la Baie des / Chaleurs a PaspebiaK lequel apres serment prete de dire la vérite a affirme bien connaitre / depuis bien des annees le nomme Jean Marie Dugué pour etre natif de la Baie des / Chaleurs et pecheur de moru lequel a sa mere la, vivante et ses autres parents, qu’il / certifie que le sus dit Jean Marie Dugué n’est point marie à la Baie des Chaleurs et qu’il / n’a jamais ete en Europe // Est comparu aussi le nomme Jean Cartier natif de Quebec depuis un an demeurant à la / Baie des Chaleurs lequel apres serment de dire verite a declare avoir connu le nomme / Jean Marie Dugué a PaspabiaK et avoir entendu dire a ses parents qu’il n’était point / marie et ont signe avec nous // Jean Cartier // L Roussi // Ci joint le certificat du Reverend Pere Gonasenture Recollet missionnaire a la Baie des / Chaleurs endate du 12e avril 1768 lequel certifie aussi que le nomme Jean Marie Dugué / n’est point marie. En consequence nous avons delivre certificat de liberte et permis de / publier ses bans de mariage // Perrault ch vic gle

© Lucie Delarosbil, 2015

Sources: « Témoignages de liberté au mariage » dans le site Société de généalogie de Québec (base de données accessibles aux membres seulement). À lire dans ce blogue: « Le mariage de Jean-Marie Dugué », « Anne Chapado et Pierre Léon Roussi » et « Le vrai nom de l'épouse de Jean Marie Dugué ».

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Jean-Michel Girardot 07/02/2016 15:22

Très curieux cette crainte de la bigamie. En France le prêtre déclarait simplement qu'il n'avait constaté "ni empêchement ni opposition" au mariage.

Jean-Michel Girardot 04/01/2015 18:10

Très curieux ! Il est probable qu'il devait être plus facile d'oublier qu'on avait un conjoint quelque part dans la vaste Amérique que dans un village de France où on devait surtout prouver qu'on n'était pas cousin de trop près.