Ursule, Euphrosine et Susanne

Publié le par Lucie Delarosbil

Les recensements ne sont jamais inutiles. Loin de là. Voici un exemple. Dans ma base de données généalogiques, j’avais un dénommé « François Langlois » que je n’arrivais pas à relier avec la famille-souche de Port-Daniel. Eh bien, le recensement de 1861 du Bas-Canada m’a permis de comprendre pourquoi et l’explication s’avère plus longue que je croyais au départ.

L’histoire commence à Paspébiac avec Jean-Louis Laurent, un pêcheur de Saint-Malo, fils de Louis et de Geneviève Jucher, né vers 1784. Le 3 septembre 1805, il épouse Ursule Huart, la fille aînée de Jean et de Madeleine Dunis, née en 1787. Ursule décède en 1809, à vingt et un ans. Elle laisse orphelins deux enfants en très bas-âge: Jean-Louis trois ans et Virginie un an. Le veuvage du père dure quatre ans et demi. Est-ce que les enfants ont vécu chez leurs grands-parents maternels ? Fort possible. À moins que le père ne soit retourné à Saint-Malo avec eux. Si ce fut le cas, il revint à Paspébiac.

Le 3 janvier 1814, il convole avec Euphrosine Dugué, la fille aînée de Joseph et d’Hélène Boulay, née en 1797. Les premiers enfants de Jean-Louis ont cinq et sept ans, et peut-être que le fils aîné est déjà décédé. Entre 1815 et 1827, Euphrosine donne naissance à Euphrosine, Hélène, Hélène, Caroline et Jean-Louis. La fille aînée meurt en 1820, avant l’âge de cinq ans. Tout probable que la première Hélène aussi, avant la naissance de la seconde en 1821. Puis, le tour du père arrive au printemps 1828. Il a quarante-quatre ans.

Euphrosine se retrouve donc seule avec ses trois enfants de un, quatre et sept ans. Virginie Laurent, la fille d’Ursule, meurt à vingt ans en 1829, un an après son père. Et comme ce n’est pas assez de deuils, le petit dernier, qui portait l’homonyme du grand demi-frère, quitte le monde en 1830 à trois ans. Tout laisse croire qu’il n’y a plus de fils chez les Laurent, qu'il reste Hélène et Caroline. Pourtant, le mariage d’un certain « Simon Laurent » apparaît dans les registres en 1878 avec seulement le nom de sa mère dans l'acte: Frésile Laurent. Puis celui de « Wolfred Laurent » en 1885, dont les parents sont inconnus. Le patronyme Laurent serait-il devenu un matronyme pour une génération. ? 

Par ailleurs, aux funérailles de Virginie en 1829, le prénom du père avait été inscrit « Simon » et le nom complet de la mère « Euphrosine Dugué ». Dans un cas comme celui-ci, il est plus facile de comprendre une confusion entre les noms de la mère et de la belle-mère que le changement du prénom « Jean-Louis » pour celui de « Simon », d’autant mieux que le père du pionnier malouin se prénommait « Louis ». Mystère ! Caroline Laurent s'était mariée avec Louis Brunet en 1845. Le destin d'Hélène Laurent reste encore inconnu.

Mais revenons à Euphrosine Dugué. Elle s’était rapidement unie à François Langlois, un anglican ayant adjuré avant de mourir en 1866. À Port-Daniel, elle avait mis au monde un enfant à tous les trois ans: Geneviève (1829), François (v1832), Rachel (1835) et Marie (1838). Euphrosine décéda à Paspébiac onze mois après la naissance de sa dernière. Elle avait quarante et un ans. Peu de temps plus tard, on retrouve François Langlois avec une seconde femme, Susanne Laroque, et deux enfants, aussi nés à Port-Daniel: Joseph (1842) et Marguerite (1843). Sa fille aînée Geneviève adjure en 1848, avant de se marier l’année suivante avec Ubald Chapados, et son fils François, lui aussi, avant de mourir en 1882.

En 1861, François Langlois, anglican, apparaît au recensement avec Susanne Laroque; son fils François, un forgeron anglican de trente ans; l’épouse de ce dernier, Marie Joseph; sa fille Rachel, issue d’Euphrosine; et sa cadette Marguerite, issue de Susanne. Joseph qui manque à l’appel était sans doute déjà décédé. Pour ce qui est de Marie, la dernière issue d’Euphrosine, elle venait juste d’épouser Félix Huard.

Dans la case du lieu de naissance, on peut lire que François Langlois venait de « Jersey.IM. », Jersey île de la Manche. Maintenant, on comprend mieux la raison de son anglicanisme et de l’impossibilité de le relier avec la famille souche la plus connue. De plus, ce recensement permet de confirmer ses deux unions qu’on ne retrouve pas dans les actes des registres catholiques.

Pour conclure, on peut dire que Ursule Huart, Euphrosine Dugué et Susanne Laroque avaient été les pionnières des Laurent et d’une autre souche de Langlois. Ursule et Euphrosine avaient un lien de parenté au troisième degré car leurs pères étaient cousins germains. De son côté, Susanne était une arrière-petite-fille de la plus connue famille-souche des Langlois.

© Lucie Delarosbil, 2015

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