Comme un arrêt des marées

Publié le par Lucie Delarosbil

Le 1er juin 2014, un formulaire de demande fut envoyé à la Commission de la toponymie du Québec pour officialiser le nom d’une plage à Paspébiac, la Plage à Norbert, nommée ainsi depuis au moins cinquante ans. Le lendemain, une page publique fut créée sur le réseau social Facebook dans la catégorie « communauté ». De nombreuses personnes s’abonnèrent en peu de jours. Le soir du 4 juin, il y avait déjà soixante-huit personnes pour appuyer la demande.

Quelques démarches furent effectuées les semaines suivantes pour convaincre la Commission. La réponse arriva trois mois plus tard comme promis. La demande était acceptée et la description de la plage était diffusée sur le site de la Commission le 5 septembre 2014.

Le 26 septembre 2015, la page avait deux cents vingt-deux abonnés. Au cours de l’année, bien sûr, quelques personnes s’étaient désabonnées de la page. À 17 h 43, le 25, un message publié par un abonné de la page, un habitué de la plage, apparaissait en ces termes: « plage coté est , interdit d acces maintenant » [sic]. À 18 h, une question de l’administratrice (moi): « Pourquoi et depuis quand ? SVP » Puis, une discussion s'enclenchait entre les deux.

Le lendemain, le branle-bas commençait. Il dura trois jours. Trois jours de fureur intense. Trois jours de dénonciations, d’accusations et de recherche de coupables. Trois jours de sentiments d’injustice exprimés sur tous les tons, dans toutes les couleurs. De la politesse à la grossièreté, et vice versa.

En plus, du dénigrement en direct sur la page publique à l’intimidation dans la boîte du courrier interne, dirigés vers l’administratrice de la page (moi). Des suppressions de personnes par bannissement ou par blocage. Terrible ! Une crise dure à gérer. Incroyable. Imprévisible. Impossible sans émotions. Une crise agressante pour tout le monde, je suppose, pour tous les Paspéyas sensibles à cette cause, à notre communauté.

Puis, il y eut des demandes de respect. Facile de demander ou d’imposer le respect, moins facile de le mettre en pratique dans une situation échaudée comme celle-là. Moins facile pour tout le monde qui se sentent engagés, lésés, blessés. D’imposer le respect peut parfois s’avérer un manque de respect.

Chercher le calme. Rechercher la douceur. Sans perdre la fermeté de l’activité.

Publier des images sublimes et des vidéos tournés sur la plage, des chansons de Daniel Boucher, une autre comme Blue Jeans sur la plage*, le souvenir d’un témoignage: « Ma mère, née en 1910, il y a 105 ans, me disait qu'elle fréquentait cette plage lorsqu'elle était jeune. Maintenant, de brillants personnages veulent en faire un terrain privé. Cette plage fait partie du patrimoine collectif des Paspéyas. S.O.S. » Enfin, une citation de Pierre Falardeau, un grand homme de tête et de coeur: « Si tu te couches, ils vont te piler dessus. Si tu restes debout et tu résistes, ils vont te haïr, mais ils vont t'appeler ''monsieur''. »

Certes ! Comment continuer sans rallumer les ardeurs des trois derniers jours ? Comment continuer de partager nos justices et nos injustices dans le respect ? Comment ne pas abandonner la page Plage à Norbert ? C’est quoi au juste le respect ? Comment le comprendre et le faire comprendre ?

Toutes ces questions qui trottaient dans ma tête, qui galopaient même. Adrénaline !

Tout à coup, comme ça, une réponse arrive par l’article d’un blogue: « Qu’est-ce que la diffamation ? »** Tout y est condensé pour savoir selon moi « ce qu’il ne faut pas faire pour respecter les personnes. » Je le publie. Mais depuis hier, on dirait que la peur a atteint le monde. Le calme est plat comme l’étale. Ou comme l’épuisement après l’averse torrentielle. Comme un arrêt des marées.

Difficile de faire la part des choses !

© Lucie Delarosbil, 2015

Modifications: 7 octobre 2015

Publié dans Ancien village

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Jean-Michel Girardot 30/09/2015 18:51

Tout cela est bien triste et j'espère que vous et vos concitoyens retrouverez rapidement un usage normal de la plage.

Lucie Delarosbil 01/10/2015 15:18

Merci ! Espérons et agissons !