Des épines dans la mémoire

Publié le par Lucie Delarosbil

Le 9 novembre 2013 débutait ma recherche d’un document rapportant la présence en avril 1757 d’un certain « Bertrand Darrosbide » à Ciboure, sur un contrat rédigé par le notaire Jean Dhiriart. Une procuration à Jean Laborde. Bertrand Darrosbide avait donné à Jean Laborde le pouvoir d’agir en son nom. Trois questions. Était-ce notre Bertrand ? Qui était Jean Laborde ? Quel pouvoir lui donnait-il ?

Évidemment, Ciboure étant situé à peu de distance de Bidart (10,5 km), l’absurdité généalogique aurait été d’ignorer CE fait avéré concernant CE Bertrand. Par ailleurs, en avril 1757, notre pionnier était âgé de vingt-trois ans, encore loin dans le temps pour figurer à Paspébiac en 1777. Si le document nous confirmait son identité, il pouvait nous en apprendre un peu plus sur ses activités et peut-être sur sa famille.

L’existence de cette procuration avait été relevée par Michel Sarlangue et publiée sur le site Généalogie et Histoire des Familles Pays-Basque / Adour maritime (GHFPBAM). La première étape fut de consulter la numérisation de cette partie du répertoire sur le site départemental des Pyrénées-Atlantiques et de tenter fidèlement de le transcrire.

  • Constitution | Joannes hiribarron a Etienne Luquo portant G.e
  • procuration | bertrand darrotsbide a Jean Laborde
  • ferme de boucherie | La communauté de ciboure à pierre Villeneuve
  • ferme du vin | la comm.té de ciboure apierre St.Jean
  • transaction | thereze et margueritte Vithon, et Jeanbaptiste blanc
  • quittance | marie Castera avignau dit chol
  • procuration | andré detchebehere amarie Duhart Lamire
  • procuration | Joannis Dibar amarie Lahargou
  • sinvicat | Lequipage du Corsaire Le St. Antoine
  • obligé | Joannis Guillamot amarie harriet Lamire
  • procuration | Joannis Luquo a catherine dihourson
  • testament | Catherine Seruier Femme de Javier balzvuët
  • obligation | raimond danglade à arnaud Laborde
  • procuration | Betry bousion, apierre Luro

Ensuite arriva l’étape de la recherche et de la lecture de la procuration de Bertrand. Sur ces quatorze actes listés dans le répertoire (3E-9712) du notaire de Ciboure, Jean Dhiriart, seulement six documents du mois d’avril se retrouvent dans la liasse complète de l’année 1757 (3E-9704). Celui sur Bertrand Darrosbide semblait introuvable. Double déception. Rien en avril ! Rien en 1757 ! Pourquoi manque-t-il huit documents ? Où sont-ils passés ? Ont-ils été dispersés parmi d’autres liasses ? Ont-ils été retirés pour une quelconque raison ? Y aurait-il eu des failles dans la numérisation ? Comment savoir ? De plus, en comparant la liste du répertoire avec la chronologie des actes existants dans la liasse de 1757, on remarque un acte du 19 avril placé avant un autre du 16 avril.

  1. 1er avril - constitution Joannes hiribarron (7 pages)
  2. 11 avril - transaction thereze et margueritte Vithon (7 pages)
  3. 19 avril - obligé Joannis Guillamot (2 pages)
  4. 16 avril - quittance marie Castera (2 pages)
  5. 21 avril - testament catherine Seruier (4 pages)
  6. 24 avril - obligation raimond danglade (3 pages)

Cependant, sachant l’acte recherché en deuxième position du répertoire et connaissant la date du premier acte, on déduisait facilement que la « procuration » en question eut lieu entre le 31 mars et le 12 avril 1757. Mais ça ne suffisait pas. Une épine s’installait tout d’un coup dans la mémoire, parmi tant d’autres.

Il fallait tenter de trouver ce document. Il fallait chercher. Se mettre à la tâche. Éplucher les autres années. De 1749 à 1764. Inventer un ordre. Croissant et décroissant. Prendre des notes. 1758 rien. 1756 rien. 1759 rien mais un acte de 1750. Tiens ! Tiens ! Espoir de voir apparaître le fameux Bertrand Darrosbide à Ciboure. Sauter à 1764. Rien. Revenir à 1755. Rien. Se rendre à 1750 et se décourager à l’image 265. S’arrêter. Se rendre compte de tous les autres documents manquants. Réfléchir. Passer à autre chose. Se laisser distraire au hasard vers un autre chemin, une autre piste, un sujet moins épineux. Attendre deux ans !

Deux ans. Le temps semble venu pour moi de récupérer cette épine généalogique qui me taraude l’esprit de temps en temps. D’essayer de l’extraire en continuant de fouiller malgré le sentiment de chercher une épingle dans le foin. Fouiller de fond en comble tout le registre de ce notaire cibourien. Pour en avoir le coeur net, une fois pour toutes, tout simplement. Allez hop ! Il me faut encore éplucher neuf années.

© Lucie Delarosbil, 2016

Publié dans Basques & Pays basque

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