Le corps de Félix Dunn

Publié le par Lucie Delarosbil

Faisant des recherches dans les registres de Pointe-aux-Esquimaux, un témoignage écrit m’est tombé sous les yeux. Je ne peux m’empêcher de vous le transmettre. Pourquoi ? Un, il concerne un migrant de la Gaspésie sur la Côte-Nord. Deux, il s’avère un récit rare et détaillé. Trois, il témoigne de faits qui n’étaient probablement pas si rares à l’époque.

Le Sept Novembre mil huit cent Soixante et onze, Jean / Girard trouva a lile St Charles un cadavre échoué / à basse maré. Comme il était Seul, il le traina au des / sus de la haute maré, l’atacha et le couvrit avec / des herbes afin qu’aucun animal ne lui touchât. A la / première occasion, il le fit Savoir à la Pointe aux Esquimaux. / Le vingt du mois, je me Suis rendu Sur les lieux ou était ce / cadavre pour précéder à Son examen, accompagné de J. Girard / et de huit autres hommes, dont trois de la Pointe aux Esquimaux, / trois de la Longue Pointe et deux de la Rivière St Jean. Rendu / Sur les lieux, nous le découvrîmes et trouvâmes que Son corps / était intact à part les deux mains qui étaient tombées à la / jointure du poignet, la tête entièrement dépouillée de chair / et la manchoire inférieure disparue. Les habits de ce cadavre / étaient bien concervés et c’est par eux que les gens de la / Longue Pointe et ceux de la Rivière St Jean présents à l’examen / ont reconnu que ce cadavre était bien celui de Félix Dunn, / noyé accidentellement Sous leur yeux à la Rivière St Jean / le premier juillet dernier. Le corps une fois identifié le jury / a rendu le verdict: ‘’Noyé accidentellement ‘’. Après quoi / nous l’avons embarqué abord de notre berge, emmené à la / Pointe aux Esquimaux et enterré le meme jour. // Alcide Vigneau // Pointe aux Esquimaux 20 Nov 1871

Il est vraiment dommage qu’Alcide Vigneau n’ait pas cité les noms des huit hommes qui les avaient accompagnés, lui et Jean Girard. De même pour le prêtre missionnaire Perron qui signa son acte de décès le même jour.

Le vingt Novembre mil huit cent soixante et onze / Nous missionnaire soussigné, avons inhumé dans le / cimetière de cette mission, le cadavre d’un noyé que / trois hommes de la Longue Pointe des concitoyens et deux autres / de la Rivière St-Jean qui l’avaient vu partir de la dite Rivière et quel / ques instants après se noyer le premier de Juillet dernier, ont / déclaré le reconnaître pour être le cadavre de Félix Dunn, par sa / taille, ses habits et sa chaussure, comme il appert par le certificat du / jury dont il faisaient parti. Le dit Félix Dunn était marié à Liobe / Dupuis et demeurait à la Longue Pointe, il était âgé d’environ / quarante cinq ans. Présents Onésime Gravel et Fabien Arseneau qui ont déclaré ne savoir signer. // J. O. Perron Ptre Mis

Félix Dunn était né à Percé le 10 avril 1825. Ses parents étaient Félix et Marguerite Dubois. Après un premier mariage qui dura vingt-trois ans et huit enfants, son père s’était remarié avec Apolline Duguay, la fille de Charlemagne et d’Ursule Loisel. Félix avait vingt ans. Six ans plus tard, le 3 octobre 1851, il épousa Elisabeth Dupuis à Grande-Rivière. Elle avait dix-sept ans. Née sous le prénom de Liobe, aussi a Percé, ses parents étaient François et Catherine Stibre. Elle était l’avant-dernière d’une famille de dix enfants. Sa soeur Marie-Catherine, veuve depuis cinq ans, avait été mariée avec Michel Darosbille de Paspébiac, le fils de Pierre et de Marie-Rose Duguay.

Félix Dunn et Liobe (Elisabeth) Dupuis avaient eu au moins sept enfants entre 1853 et 1870: François, Louise, Louise (Marie), Catherine, Félix, Marguerite et Adèle-Vina (Malvina). Les deux premiers étaient décédés en bas-âge. D’ailleurs, ils étaient absents au recensement de 1861. Seule la dernière était née en Côte-Nord, à Longue-Pointe; les autres, à Grande-Rivière et Pabos. La famille avait donc déménagé entre 1863 et 1870. Avant la noyade de Félix, au recensement de 1871, à Pointe-aux-Esquimaux, il manquait Félix qui aurait dû avoir dix ans. Etait-il, lui aussi, décédé en bas-âge ? Deux des filles de la soeur de Liobe Dupuis, Marie et Elisabeth Delarosbie (Rousseby), avaient été marraines de deux de leurs enfants, François et Catherine Dunn.

© Lucie Delarosbil. 2016

Sources:

Québec, registres paroissiaux catholiques, 1621-1979, FamilySearch, Havre-Saint-Pierre, Saint-Pierre-de-la-Pointe-aux-Esquimaux, BMS 1860-1876, images 193 et 195 de 297.

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Jean-Michel Girardot 29/05/2016 11:17

Triste histoire...

Lisette Dupuis 29/05/2016 04:03

C'est l'époux de mon arrière grand-Tante la fille de mon arrière grand-père, Françoiset Catherine Stibre.Liobée s'est remariée à Élie Leblanc et a eu 2 autres enfants dont un à été baptisée à Bersimis Qc. Je ne sais pas où elle est décédée

Lucie Delarosbil 29/05/2016 16:23

Merci, Lisette, pour ces infos. Vous êtes une Dupuis, comme son épouse.