Paspébiac passe un hiver à Magpie

Publié le par Lucie Delarosbil

Au début du 20e siècle, la Paspébiac était une des goélettes à voiles de la compagnie Robin Jones. En 1983, Marie-Ange Dérosby, une descendante de Bertrand Darosbille et de Marie Dunis, relate la mésaventure que vécurent la goélette et son équipage. [1]

À l’automne 1919, la goélette « Paspébiac » partit de la Rive-Sud avec un chargement de vivres et marchandises diverses à destination de Magpie.

Il était quatre heures de la nuit lorsqu’elle arriva en face du village. Une pluie torrentielle et des vents extrêmement violents rendait la visibilité presque nulle.

Le capitaine Paul Dumas aperçu à travers la tempête un point lumineux qui brillait dans le village. Il se dirigea vers l’endroit, qu’il croyait être le port habituel de « Ram’ Scove », à l’ouest du village.

Entretemps, la lumière disparaît et le capitaine continue sa route, se dirigeant vers la lumière aperçut quelques instants auparavant.

Bientôt, il dût se rendre à l’évidence, qu’une erreur de jugement s’était produite, car la goélette s’échoua sur le rivage à l’opposé de sa route est près de « L’Île à Ross ».

Le capitaine Dumas mit pied à terre en maugréant, mais lorsqu’il eut constaté que la goélette n’avait subit aucun dommage et qu’eux avaient la vie sauve, alors il remercia le ciel.

Il se rendit, accompagné de son second, chez John Dérosby qui habitait non loin de l’endroit, où « La Paspébiac » s’était permise d’échouée; et raconta sa mésaventure, ne comprenant rien à cette lumière qu’il avait aperçu et sitôt avait disparue, etc...

L’énigme s’éclaircit, lorsque Monsieur Dérosby lui expliqua que le point lumineux aperçu à travers la tempête était sûrement celui de sa lampe à l’huile, à quatre heures, John avait dû se lever étant inquiet à cause de la mauvaise température qui sévissait au dehors. Il s’en est allé sur le rivage, et voyant les vagues énormes, il a tiré sa chaloupe plus haut sur le sable.

John expliqua au capitaine, qu’ensuite il était revenu, avait éteint sa lampe et s’était couché.

Le capitaine comprit son erreur. Le point lumineux l’avait fait dévier de sa route.

À huit heures, Monsieur Charles LeMarquand gérant de la « Robin Jones » au village, arriva à son tour chez Monsieur Dérosby. Il était extrêmement nerveux, affirmant « c’est la première fois dans l’histoire de la compagnie qu’une telle chose se produit. » Constatant qu’il n’y avait aucune perte de vie et aucun dommage matériel; il reprit son calme.

Aussitôt, il engagea tous les hommes disponibles dans le village, afin de transporter le chargement de la goélette qui consistait en vivres, tel; farine, sucre, sel, mélasse, lard salé, etc...

Monsieur LeMarquand engagea aussi deux gardiens; Félix Huard et John Dérosby. Afin de surveiller la marchandise empilée un peu partout sur le terrain et dans les hangars de John Dérosby.

Vingt-quatre heures par jour, et ce durant trois jours. À travers la tempête qui sévissait toujours; ils transportèrent les marchandises au magasin de la compagnie situé à l’est du village. Le transport s’effectuait avec les moyens de l’époque, le boeuf, le cheval et aussi le lamber boat (bateau à fond plat) appartenant à la compagnie et tiré par un remorqueur nommé « Century » actionné par un moteur 15 C.V.

Monsieur LeMarquand fût très heureux de constater l’honnêteté des habitants. Aussitôt le travail terminé, on précéda à la vérification de la marchandise. Tout était parfait!

« La Paspébiac » hiverna sur le rivage à l’île à Ross, où elle s’était échouée jusqu’au printemps, sous la vigilante surveillance de John Dérosby. (grand-père) qui fût payé pour son travail d’un joli montant de soixante quinze dollars par la compagnie « Robin Jones ».

Dans ce texte, c’est une histoire de la goélette portant le nom de notre ancien village qui est racontée. Mais l’histoire de Magpie regorge aussi d’anciens Paspéyas qui un jour décidèrent de s’y établir pour y demeurer. John Dérosby, dont nous parle l’auteure, fut l’un d’eux. Décédé à Magpie le 6 novembre 1934, il était né à Paspébiac le 8 septembre 1865, sous le nom Jean De La Rosbie, fils de Grégoire et de Marie Maldemay. [2]

© Lucie Delarosbil, 2016

Sources:

  1. Marie-Ange Dérosby, « Erreur dans la nuit » dans Magpie, petit coin ignoré de la Côte-Nord, 1983, p. 45 à 47.
  2. « Les DESROSBI à Magpie » sur ce blogue, 8 mai 2013.

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