Alain Deneault parle des Robin et des Fruing

Publié le par Lucie Delarosbil

En 2020, le docteur en philosophie Alain Deneault publiait son livre Bande de colons. Une mauvaise conscience de classe. Quel beau début de titre ! Je l'ai acheté et je l'ai étudié.

Ce livre m'a permis de comprendre la différence entre le colonisateur, le colonisé et le colon d'autrefois, ainsi que ceux d'aujourd'hui. Aussi, j'ai appris ceux qui se travestissent d'une position à l'autre : le colon en colonisateur, le colonisé en colon, le colon en colonisé et le colonisateur en colon. Puis j'ai appris ce qu'est un colon sans colonisateur. Bref, je vous le conseille fortement. Partant de notre ancien monde, il actualise de façon remarquable.

Ce qui m'a le plus intriguée, c'est un long passage au sujet de notre ''cher et vénéré'' Charles Robin. J'y reviendrai.

Avant, j'espère vous aider à les identifier chacun leur tour le plus simplement pour ne pas les confondre. Les colonisateurs, ce sont ceux qui dominaient les colonisés, les Autochtones, les premiers habitants, résidents du territoire. Les colons étaient ceux envoyés par les colonisateurs de la France pour coloniser le territoire, se marier et former des familles. Certains colons épousaient des colonisées, comme nos ancêtres basques paspéyas qui s'unissaient avec des métisses d'origine autochtone. Car, à l'époque, Paspébiac était déjà habité par des Micmacs.

Dans notre contexte ancien québécois, tout cela a commencé par les Français colonisateurs, avant qu'arrivent les Anglais colonisateurs, parce qu'ils avaient gagné la guerre de la Conquête, cette guerre appelée guerre des Sept-Ans en Europe.

Voici une question que pose Deneault dans notre contexte spécifique qui n'inclut pas une structure duale (colonisateur vs colonisé) en ajoutant le colon : ''Le colonisateur doit s'affirmer en situation de commander, et le colonisé doit se plier à sa sujétion. Mais qu'en est-il du colon, lui qui, mi-figue mi-raisin, n'est ni le maître, ni le valet ? Le colon ne décide pas. Il profite par répercussion de la domination, tout au plus.'' Je ne m'éterniserai pas mais la suite en vaut la peine.

Pour revenir à Charles Robin, Deneault parle de lui dans son chapitre sur le colonisateur travesti en colon, Il parle du voile pudique qui couvre l'industrie de la pêche en Atlantique, en citant entre autres le Dictionnaire biographique du Canada. Il parle des filouteries (joli mot qui veut dire escroqueries) des marchands qui prospéraient en abusant des Acadiens et des Gaspésiens captifs. Il parle de la continuité d'ériger ces escrocs (le mot pas gentil vient de moi) en grands hommes par tous les moyens.

Selon Deneault (comme on le sait nous-mêmes), ''dans le domaine, les colonisateurs proviennent de Jersey, une île britannique au large de la Bretagne. Le pionnier s'appelle Charles Robin. Il s'impose à la fin du XIIIe siècle dans une baie des Chaleurs âprement disputée entre concurrents de la Nouvelle-Écosse, de la Nouvelle-Angleterre et de Québec. La morue y est particulièrement abondante. (...) C'est en les endettant qu'il mobilise les Acadiens revenus de la déportation de 1755.''

Là, il cite à nouveau le DBC. Puis, il continue : ''Proche des milieux politiques, au point d'être nommé lui-même juge de paix dans la région. En Gaspésie, il n'était pas rare que le pouvoir colonial dépêche la police, voire l'armée, pour étouffer la colère de pêcheurs contre cette machination.'' Voici un exemple ayant eut lieu le 15 février 1886.

Il parle de la famille Fruing, dont sûrement le premier apprit tous les rouages en passant par Charles Robin. D'ailleurs, en 1807, Guillaume Fruing, commis de Mr Robin, vit naître sa fille illégitime, Virginie, avec l'une des nôtres, Rose Duguay.

© Lucie Delarosbil, 2023

Publié dans Jersiais, 1861-1891, Métissages

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