400 ans d'ascendance patrilinéaire I : BARDOS

Publié le par Lucie Delarosbil

Paroisse très ancienne du Pays Basque, Bardos est mentionnée depuis 1072. Elle se situe à l’intérieur des terres, à environ 25 km de la côte basque. Entre 1249 et 1407, elle est citée en tant que maison ou domaine. À cette époque, l’état civil comme système et les patronymes tels que vus aujourd’hui n’existaient pas. C’est pour cela que, au dehors du lieu d’origine, les personnes s’identifiaient par le nom du domaine ou du village d’où ils venaient et qu’ils l’utilisaient comme surnom.

En 1790, Bardos devenait une commune. Deux siècles plus tôt, deux documents identifient un habitant de la maison ou du domaine Rospide à Bardos. L’un est une procuration établie dans l’église de la paroisse. Auger d’Arrospide est cité dans une liste de soixante-dix personnes, le 3 février 1594. L’autre vient du Fonds Yturbide au Musée Basque de Bayonne. Arnault d’Orospide et Auger Sr d’Orospide y sont cités parmi une liste de quatre-vingt-six habitants de Bardos, les 14 et 15 mai 1619. Ces listes ne nomment qu’une partie des habitants. L’abréviation « Sr » assignée à Auger signifie « sieur » d’une maison ou d’un domaine. Qui était Arnault ? Était-il le fils d’Auger ? Pouvait-il être son frère ? Arnault ne figure pas sur le document de 1594. Pourtant, il était déjà uni à Jeanne de Lissarrague.

Génération I : D’AROSPIDE Arnault & Jeanne de LISSARRAGUE

Nés vers 1570 et mariés vers 1590, les deux conjoints seraient décédés avant 1625. Ils ont eu cinq enfants. Les trois premiers, Pierre, Marie et Arnaud, seraient nés entre 1590 et 1600, un autre Pierre vers 1600 et Jeanne vers 1610. À part d’être épouse et mère, qui est Jeanne de Lissarrague ? Qui sont ses parents ? On retrouve son patronyme dans le document de 1594 sous les noms de deux hommes : Jean de Lissarrague dit Chicoy et Jeanchipi d’Ascarat dit de Lissarrague. Lequel des deux pourrait être son père ?

Sur la liste du second document de 1619, on constate la présence de Jehan de Latzague dit Chicoy. Il y aurait donc des liens entre Latzague et Lissarrague, car il est évident que Jean et Jehan, tous deux « dit Chicoy », s’avère la même personne. Aussi, Latzague et Lissarrague sont des maisons du village. Hormis ces noms différents du même homme, un autre lien se trouve avec les frères Pierre et Jean de Larre; alors que Pierre était le co-sieur de Lissarrague, le sieur étant Jeanchipi d’Ascarat dit de Lissarrague, son frère Jean avait épousé la fille du sieur de Latzague, un certain Petri de Latzague.

Ces informations me permettent de penser que Jeanne de Lissarrague pouvait être une fille cadette du sieur de Lissarrague, Jeanchipi d’Ascarat de Lissarrague, non pas une héritière, et que Jean de Lissarrague dit Chicoy, non plus héritier, pouvait être son frère ou son oncle, lequel aurait épousé une fille cadette de la maison Latzague, raison pour laquelle il aurait changé de nom et peut-être construit la maison Chicoy également citée avec son nom.

Génération II : ROSPIDE Pierre & Domeings DIHARCE

Né vers 1590, Pierre de Rospide, fils aîné du couple précédent, était devenu l’époux de Domeings d’Iharse vers 1620 et héritier de la maison Rospide. Deux enfants sont nés autour de 1620 : Pierre et Marie. D’où venait son épouse Domeings Diharce ? De quelle famille ? De quelle maison ? Est-il possible que ce soit de la maison Iharse ou Iharce dont le sieur était Jehan d’Iharce en 1612 et Me Jehan Diharce en 1590, l’abréviation « Me » signifiant « maître » ? Si tel est le cas, bien sûr, elle n’était pas héritière d’Iharse. Devenu veuf de Domeings Diharce, Pierre Rospide épousait en secondes noces Marie de Haristoy et lui testait le 16 mai 1740.

Génération III : ROSPIDE Pierre & Gracy HABAINGS

Né vers 1620, ce deuxième Pierre de Rospide, premier né de l’union précédente, épousait vers 1740 Gracy de Habains dite aussi Grassi de Galharrague, ce nom étant celui de sa maison natale. Gracy était la fille d’Arnaud Habains et de Marie Harambillet, cette dernière née à Ayherre en Basse-Navarre. Arnaud était le fils de Jehan Habains et de Catherine Dascarat. À la maison Ascarat, on retrouve le couple J. de Garat et Gracy de Mimisan. Quels liens pouvaient-ils avoir avec Catherine ? Aussi, Ascarat est le nom d’une autre commune en Basse-Navarre. Les parrains et marraines des cinq enfants du couple feront voir d’autres liens entre les personnes et les maisons. 

1. Marie est née le 25 septembre 1642. Ses parrain et marraine étaient Arnault Habans, sieur de Gallharrague (son grand-père maternel) et Marie Haristoy, dame adventice de Rospide (la seconde épouse de son grand-père paternel). La coutume veut que les présumés futurs héritiers d’une maison héritent aussi d’anciens héritiers de maisons en tant que parrain et marraine et du prénom de celui ou de celle-ci.

2. Jean est né le 22 mars 1653 sous le nom D’Errospide. Ses parrain et marraine étaient Jean Laxague sieur de Lohiagaray (époux de l’héritière de cette maison) et Jeanne Guilhempe dame de Diharse. Cette dernière devait être cette fille héritière de Pierre de Guilhempe qui était le sieur jeune de cette maison en 1612, le sieur ancien ayant été Jehan d’Iharce, père possible de Domeings. Par ailleurs, cette Jeanne de Guilhempe avait aussi, en 1637, prénommé sa fille Domeings. On remarque aussi un lien qui revient avec le nom Laxague.

3. Pierre est né le 13 août 1655. Ses parrain et marraine étaient Pierre Rospide à Darotchesse (maison Arotzetche ou Arotchetche) et Gracy Berenx dame de Pagasorhayo (maison Paguessorhaye). Cette dernière maison tissait des liens avec les Lissarrague et Laxague. De même pour Arotzetche qui gardait des liens serrés avec Rospide et Paguessorhaye, ayant quelques descendants du patronyme Rospide, ainsi que Garat ci-haut mentionné.

4. Jean est aussi né le 13 août 1655. Ses parrain et marraine étaient Jean Rospide à Mendy et Jeanne Galharrague à Dilamteguy (peut-être une soeur de Gracy Habaings qui aurait épousé un fils de la maison Illanteguy). Mendy est une maison où l’on rencontre des mariages avec Arrospide et Habaings.

5. Gracy est née le 2 août 1660. Ses parrain et marraine étaient Jean Dibon sieur Rospide (époux de sa soeur héritière) et Gracy Dermitte.

Pour la première fois, à notre connaissance, une fille devenait héritière de la maison Rospide. De coutume basque, les cadets devaient quitter la maison, épouser un ou une héritière, ou travailler pour la maison. Ainsi fut le cas de Pierre de Rospide qu’on retrouvera à Bidart pour la suite de l’ascendance patriliénaire.

© Lucie Delarosbil, 2013

Modifications : 9 juin 2013

Suggestion de lecture: DAROSPIDE et DAROSBILLE : histoire de patronymes

Publié dans Basques & Pays basque

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