DAROSPIDE et DAROSBILLE : histoire de patronymes

Publié le par Lucie Delarosbil

Au départ, en 1777, il fut le seul homme du village de Paspébiac avec ce prénom : Bertrand. Décédé le 5 mai 1802, on savait qu’il fut inscrit DAROSBILLE le lendemain sur son acte de sépulture à Paspébiac. Puis, grâce à son registre matricule de la Marine française, on réussit à trouver son identité maritime : DARROSBIDE, nom qu’il aurait porté pendant au moins une quinzaine d’années, de 1750 à 1765. Ensuite, on apprenait qu’il était né à Bidart, le 21 novembre 1733, sous le nom DAROSPIDE. Enfin, on découvrit que son arrière-grand-père paternel, qui reçut sa sépulture le 31 août 1691 à Bidart, s’était appelé Pierre de ROSPIDE.

Un DAROSBILLE à Paspébiac

Le tableau du premier recensement de Paspébiac de 1777, intitulé Inhabitants of Paspébiac, compte l’ancêtre basque Bertrand. D’une part, son prénom est inscrit sous la graphie Bertran, sans sa lettre finale d’origine. D’autre part, l’inscription à consonance anglaise : Danswille, traduite à la place de son nom de baptême : Darospide, ou celui sur le registre de la Marine française : Darrosbide, démontre une réelle difficulté pour transmettre ce patronyme de façon unique.

« Danswille » aurait pu demeurer un patronyme pour tous ses descendants à Paspébiac, mais la présence des prêtres missionnaires avait permis de rétablir et surtout de conserver la basquitude de leur patronyme, du moins grâce à plusieurs séries de documents officiels en langue française : les registres paroissiaux. Rappelons-nous qu’en 1777, la Nouvelle-France n’appartenait plus aux Français depuis 1763 et Paspébiac vivait sous la domination d'une entreprise jersiaise depuis 1767.

Plus tard, en 1787, un autre document tentait de traduire, avec réussite pour certains, les noms des habitants de Paspébiac en langue anglaise : A plan of the bank of Paspébiac. Alors que Bertrand fut inscrit « Bertrant Darusbile », d’autres furent littéralement anglicisés. Par exemple, les Duguet du précédent document devinrent des Duguay; les prénoms masculins : Mathieu, Jean, Pierre, Jacques et François, des Mathew, John, Peter, James et Francis.

Entre le 17 avril 1782 et le 6 mai 1802, Bertrand apparaît dans les registres paroissiaux de Ristigouche, Carleton, Bonaventure et Paspébiac sous les différentes graphies que voici : Bertran d’arosbil, Bertran darosbil, Bertran Darosbile, Bertran Darosbil, Bertrand Darosbil, Bertrand de la Rosbille, Bertrand Delarosville et Bertrand Darosbille, ce dernier figurant sur son acte de sépulture.

Le 22 octobre 1797, la lettre « d » d’origine fut ajoutée à son prénom sur l’acte de mariage de Marie, sa fille aînée. Deux mois plus tôt, le 14 août 1797, « Delarosbil » fut introduit, écrit tel quel dans la marge de l'acte de baptême d’Isabelle, sa fille cadette née le 25 juillet. DELAROSBIL ne refit plus surface avant vingt ans, soit dans l’acte de mariage de sa fille Hélène, le 7 juillet 1817. Il revint définitivement dans les registres environ soixante-cinq ans plus tard, vers les années 1882.

Entre temps, les noms des enfants des deux fils de Bertrand, Pierre et Adrien qui avaient quatorze ans de différence et qui assurèrent la descendance, connurent plusieurs variantes et transformations. Entre 1800 et 1883, la lignée de Pierre oscillait sans cesse entre Darosbille, Delarosbille et de la Rosby (ou Delarosby); il y eut même une naissance inscrite sous le nom de famille Rosbil en 1809. Cependant, dans la branche d’Adrien, entre 1812 et 1882, le nom progressait plutôt vers Delarosbie (ou de la Rosbie), en passant par Delarosbille.

Un DAROSPIDE de Bidart

À Bidart, le phénomène s’opéra de façon quasi semblable dans la famille de Bertrand DAROSBILLE, né DAROSPIDE. Ce dernier patronyme fut inscrit tel quel dans les actes de baptême de Bertrand, le 21 novembre 1733, et de son frère Pierre, le 10 octobre 1735.

Le plus ancien document trouvé, portant la mention du nom de famille dans les registres de la mairie de Bidart, fut l’acte de décès de Pierre de ROSPIDE sieur de la maison Etchepare, le 31 août 1691.

Puis, le 28 janvier 1698, ce fut l'acte de mariage de Betri DARROSPIDE héritier de la maison Etcheparea et, de toute évidence, le fils aîné du précédent sieur de la même maison, Pierre de Rospide. Suivirent les actes de baptêmes des deux enfants de Betri : Magdalaine d’AROSPIDE, née le 11 octobre 1698, et Bertrand DARROSPIDE (le père de notre Bertrand), né le 20 novembre 1702, ce dernier acte mentionnant son parrain, Bertrand DAROSPIDE.

Ensuite, le 3 février 1704, arriva le mariage de Bertrand DARROSBIDE fils d’Etcheparea, le frère de Betri. On remarque déjà les variantes du patronyme d’origine en l’espace d’aussi peu de temps que treize ans.

Plus tard, ce fut les mariages des enfants de Betri : Magdalaine d’ARROSBIDE héritière d’Etcheparea, le 17 février 1719; et Bertrand d’ARROSBIDE fils d’Etcheparea, le 3 février 1733.

Magdalaine apparaissait sur les actes de baptêmes de ses enfants sous les variantes DAROSBIDE et ROSPIDE, cette dernière variante étant le nom d’origine de son grand-père Pierre. En effet, la seule fois que ROSPIDE fut inscrit à Bidart durant ce siècle fut sur l’acte de baptême du fils aîné de Magdalaine, Pierre d’Etchemendy, futur héritier d’Etcheperea né le 10 octobre 1720.

Par ailleurs, à la maison Itthurondoa, les dix enfants du sieur Bertrand DARROSBIDE (le parrain ci-haut mentionné) furent baptisés sous dix patronymes différents : Darrozbide, Darrotzbide, Darospide, de Harrotzbide, de Harotzbide, Darrespe, de Harosbide, de Arrots-bide, d’Arrosbide et Darosbide. Aucun ne fut inscrit sous le patronyme de leur père.

© Lucie Delarosbil, 2010

Modifications : 15 juin 2017

Publié dans Noms & prénoms

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Jean-Michel Girardot 13/04/2014 16:14

On ne peut que s'incliner devant une pareille érudition ! Il faut dire que les conditions historiques de semi-liberté ont dû faciliter ce flou des noms de famille.

Lucie Delarosbil 04/09/2014 16:33

Merci Jean-Michel ! Notre nom de famille est un des rares à avoir été autant varié. Peut-être est-ce à cause de sa prononciation à la base en langue basque, puis à cause des sons entendus par les curés, recenseurs et autres de langue française et anglaise. Le D ajouté à Arrospide car un des ancêtres venait de la maison souche à Bardos.