L'accusé interrogé

Publié le par Lucie Delarosbil

Le 30 juin 1740, à neuf heures du matin, le premier interrogatoire de ce retentissant procès commença. Les questions furent posées par Louis Levasseur, le conseiller du roi et le « lieutenant general civil et criminel de l’amirauté de louisbourg ». Martin Detcheto, l'interprète,  fit « le Serment de bien fidelement et en Sa consiance expliquer à l’accusé les interrogatoires », ainsi que ses réponses au juge. Ensuite l’accusé, après sa promesse à Dieu de dire la vérité, répondit à dix-sept questions. Une question pouvait en contenir plusieurs.

Les questions débutaient par l’expression: « Interrogé l’accusé », suivie de la question en français, laquelle était posée en basque par l’interprète, répondue en basque par l’accusé, et la réponse traduite en français par l’interprète. Ces actions de traduction étaient inscrites pour chaque question par le greffier. Afin d’alléger le texte, seules les questions et les réponses seront transcrites dans cet article. De plus, elles seront numérotées.

1. On lui demanda: « de quel lieu il est natif de Son nom Surnom age proffession et demeure ». L’interprète traduit:

que l'accusé Sapelloit Bertrand Darospide dit Detcheparre natif de la parroisse de Bidart pais de labourt agé de trente Cinq ans mattelot pecheur, demeurant ordinairement audit lieu de Bidart, et qu'il est de la religion Catholique apostolique et Romaine.

2. On lui demanda: « qui l'a fait mettre en prison depuis quand il y est et pour quel Sujet ». L'interprète traduit:

que trois fusilliers furent le prendre la veille de la St Pierre vers les trois a quatre heures relevées dans la goelette la madelaine Sur laquelle il etoit et qui venoit d'arriver de la peche, et le conduisirent d'abord a la batterie Royale, et enSuitte dans les prisons de ce fort, Sur ce que les Equipages de ladite goelette l'accusoient d'avoir tué le maitre et deux autres hommes de ladite goelette.

3. On lui demanda « [combien] il y a[voit] d'Equipage dans ladite goe[lette quand elle] sorti de ce port et qui la comm[andoit] ». L’interprète traduit:

qu’il y avoit di[x membres] d'equipage y compris le nommé Jacobé qui la commandoit.

4. On lui demanda: « combien de voyages il a fait cette année Sur cette goelette ». L’interprète traduit:

qu'il a fait deux voyages Sur ladite goelette.

5. On lui demanda: « de quoy est devenu lesdits Jacobé et le reste de l'equipage ». L’interprète traduit:

qu'il le vit hier mort abord de ladite goelette, qu'il en a vu deux autres aussi morts dans ladite goelette l'un nommé Fabien, et l'autre Sebastien, qu'il a ouy dire aussi qu'il y en avoit deux autres de blessé a l'hopital, et qu'il ne Sait pas ou Sont les autres depuis que la goelette est arrivé qu’il y en a cependant un nommé Joannis artho dans la goelette commandé par Jeanperits qui le prit en mer a la place d'un autre nommé martin qu'il mit dans ladite goelette la madelaine pour l'amener en ce port.

6. On lui demanda: « [de]puis quel tems lesdits Jacobé [Fabien et Seba]stien Sont morts et de [quoy] ». L’interprète traduit:

[qu’ils] Sont morts le lendemain de la St-[Jean vers] trois a quatre heures du matin des Coups de Couteau qu'on lui avoit donné.

7. On lui demanda: « ou etoient lesdits Jacobé, Fabien et Sebastien lors qu'ils recurent lesdits Coups de Couteaux ». L’interprète traduit:

que lesdits Jacobé et Fabien, et Sebastien etoient dans la chambre.

8. On lui demanda: « S'il n'y avoit que ces trois hommes dans la chambre quand ils ont recu les Coups de Couteaux ». L’interprète traduit:

que luy accusé y etoit aussi avec le nommé Saubat qui fut blessé qui est actuelement a l'hopital, et le nommé Joan(nis) [le]quel pouss(?), et accusé luy dit qu'il [...].

9. On lui demanda: « comme[nt ...] luy et que S’ils ont êté tués et les deux autres ». L’interprète traduit:

que comme ils [etoient] Sans lumiere et qu'il faisoit noir [...] aprés nuit close dudit jour de la St Jean il [ne sait] pas qui a donné les Coups de Couteaux auxdits deffunts pendant la dispute qui [...]treux les deux autres, mais que Sur le grand bruit qu'ils faisoient il Sortit de la chambre pour aller Sur le pont, et qu'etant Sur le pont a la porte de la chambre il trouva Saubat qui avoit un cist a la main, et que Craignant qu'il ne luy en voulut et qu'il ne luy en donnat quelque coup luy accusé luy donna un coup de Couteau Sans Savoir ou il le donnoit mais que depuis il a reconnu que le coup avoit porté Sur le Coté.

10. On lui demanda: « qui est ce qui avoit [blessé] betry qui étoit dans la goelette la madelaine et Si C'est dans la chambre qu'il a êté blessé ». L’interprète traduit:

qu'il ne Sait pas qui a blessé ledit betry.

11. On lui demanda: « Si pendant le voyage [ligne absente] ». L’interprète traduit:

qu'il a eu quelque parolle avec le saleur nommé Fabien l'un des morts.

12. On lui demanda: « Si etant dans le fond de [Cale] la goelette pendant le voyage il ne courut pas Sur ledit Fabien avec un Couteau a la main pour [le] fraper ». L’interprète traduit:

qu'il [sait] qu'il eut quelque parolle avec ledit Fabien ils etoient pour lors quatre dans le fond de Cale Savoir luy accusé, lesdits Fabien, Saubat et celuy qui est actuelement abord ou contremaitre de la goelette le St Jean et que le Couteau qu'il avoit a la main n'etoit que pour faire un fausset pour la barique de Cidre qu'on luy avoit dit de percer.

13. On lui demanda: « Si etant monté Sur le pont ledit Jacobé maitre ne luy donna pas quelque Coup a Cette occasion et Si luy accusé ne luy repondit pas que S’il le frapoit davantage il s'en souviendroit ». L’interprète traduit:

que ledit Jacobé ne le frapa point qu'il ne fit que le pousser et qu'il est bien vray que luy accusé luy dit qu'il ne vouloit pas etre frapé par luy et que S'il le faisoit il Son souviendroit.

14. On lui demanda: « de quoy il devint aprés avoir donné le Coup de Couteau a Saubat ». L’interprète traduit:

qu'il Se Sauva contre la barre du gouvernail par la peur qu'il avoit qu'on le tuat.

15. On lui demanda: « de quoy devint Saubat aprés avoir recu le Coup de Couteau ainsy que les autres ». L’interprète traduit:

que ledit Saubat resta Sur le pont et qu'au bout d'un moment il vit sortir de la chambre Jacobé, Joannis, Gorria, Fabien, et Betry en Criant et lamentant, et que pour Sebastien il ne le vit pas sortir.

16. On lui demanda: « Si etant Sur le gaillard contre le gouvernail il ne S'empara pas d'une hache une broche et un marteau et pour quel [ou]vrage il les avoit ». L’interprète traduit:

que Comme les autres de l'equipage avoient peur aprés Ce meurtre et qu'ils avoient pris chacun un couteau luy accusé S’empara de la broche, et que la hache Se trouva par hasar Sur le gaillard, et qu'il n'avoit point de marteau.

17. On lui demanda : « a luy representé une hache, et un broche, interpellé de declarer S'il la reconnait pour etre les mêmes qu'il avoit auprés de luy Sur le gaillard ». L’interprète traduit:

qu'il reconnoit lesdites hache, et la broche pour etre les mêmes qu'il avoit à Coté de luy Sur le gaillard de ladite goelette.

Fin de ce premier interrogatoire !

© Lucie Delarosbil, 2014

Publié dans Louisbourg 1740

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