Drame Darospide 2 : des documents manquants

Publié le par Lucie Delarosbil

Le 24 juin 1740 était un vendredi. Ce soir là, dans la goélette la Madelaine, lors d’une campagne de pêche à la morue, au large de Louisbourg, eurent lieu les assassinats de trois membres de l’équipage. Trois autres matelots furent blessés. Des dix pêcheurs présents, seuls quatre n’eurent aucune atteinte corporelle. Après le drame, terrorisés et sur leurs gardes, ils passèrent trente-six heures à naviguer au hasard, se tenant aussi loin que possible du présumé assassin, lui-même s’isolant et restant sur ses gardes. Le 26 juin, sur le banc d’« Artission », ils rencontrèrent la goélette le Saint-Jean, commandée par Jean Perits Jaureguiberry. Après constatation des faits, ce dernier prit en charge la Madelaine afin de la conduire jusqu’à Louisbourg. Après deux jours de navigation sur une distance de dix-huit lieux, ils arrivèrent au port de Louisbourg le 28 juin au matin. Martin Barrandeguay, un membre de l’équipage du Saint-Jean, dénonça Bertrand Darospide dit Detchepare à Jean Delaborde, le procureur du roi (cote 1).
 
Le 29 juin, Delaborde fit son réquisitoire, accusant Bertrand des trois assassinats (cote 2). Puis, Jean Jacques Pringault, le huissier, porta un exploit d'écrouer (cote 3) à l'accusé, détenu à la prison depuis la veille. Après l’acceptation du réquisitoire par Louis Levasseur, conseiller du roi (le juge), une ordonnance (cote 4) fut donnée pour tous de se rendre dans la goelette au fond de la baie afin que l’accusé soit confronté aux trois corps et que le chirurgien major des troupes de Louisbourg, Louis Bertin, examine leurs blessures (cote 5). Ensuite, Bertin rédigea des rapports sur ses visites aux cadavres (cote 6), aux blessés Saubat D’Hirigoity et Betry DeFillet (cotes 7 et 8). Le 30 juin, une hache et une broche furent déposées au greffe par Martin Barrandeguay (cote 9). Des interrogatoires commencèrent ce jour même, le premier allant à l'accusé (cote 10) et le deuxième au blessé Saubat (cote 11). Le lendemain, Betry fut interrogé à son tour (cote 12).
 
Dans le dossier de ce procès, il manque de nombreux documents. Plus de la moitié ! Il s’agit des cotes 13 à 27 et 29, une partie du dossier « trop endommagé pour être microfilmé [sic] ». Seize cotes au total ! En terme d’espace-temps, on saute du 1er au 26 juillet, au jour du recollement des interrogatoires à l'accusé, rédigé par Louis Levasseur (cote 28). Le contenu de ce document nous apprend des événements survenus à des dates antérieures. Ainsi, les 4, 5, 6, 13 et 16 juillet, quatre interrogatoires et une sentence furent adressés à l'accusé. Évidemment, les documents manquants devaient bien contenir les interrogatoires des quatre autres survivants de l’équipage de la Madelaine et d’au moins deux des membres de l’équipage du Saint-Jean (ci-haut mentionnés). En cotant, fictivement, les interrogatoires réels (14 à 17), les six présumés interrogatoires (18 à 23) et la sentence (cote 27 pê), on peut donc compter qu’il aurait existé trois autres documents cotés avant le 26 juillet.
 
Après un appel de sa sentence (cote 29 pê), l’accusé répondit à son dernier interrogatoire le 6 août (cote 30). Le 13 août, Guillaume Delort, le commissaire rapporteur, rédige un rapport final sur les observations, preuves et indices qui, selon lui, prouvent la culpabilité de l'accusé (non coté). Le 23 août, jour de l’exécution de la sentence, Martin Dechetto et Bigot apposent leurs signatures sur toutes les pages d’un long document (non coté) quelque peu détérioré et difficilement lisible.
 
À suivre !
 
© Lucie Delarosbil, 2013
 
Modifications: 25 juillet 2013

Publié dans Louisbourg 1740

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