Histoire de la famille ancêtre des LEBRASSEUR

Publié le par Lucie Delarosbil

Mathieu BRASSEUR dit La Citardy (né vers 1650), pionnier acadien, épousa, à Port-Royal, vers 1702, Jeanne Célestin dit Bellemère (née vers 1689). On ne connaît pas encore le lieu des origines de cet ancêtre en France. Les nouveaux époux avaient 39 ans de différence: lui, 52 ans, et elle, 13 ans ! Bien que cela soit très étonnant, pour ne pas dire incroyable, ou bien révoltant, les mariages précoces chez les filles ne semblaient pas si rares à cette époque de la colonisation. Un autre pionnier avait même épousé une fille de 12 ans.

Pour ce qui est de Jeanne, elle était la troisième enfant d’André Célestin dit Bellemère (né vers 1648) et de Perrine Basile dit Blanchet (née vers 1663), mariés vers 1685. Elle avait six frères et soeurs: Jacques, Madeleine, Françoise, Marie, Marguerite et Antoine. Après le décès de son époux aux Mines, le 27 mai 1733, elle se remaria à Grand-Pré, le 15 mai 1741, avec Claude Landry, deux fois veuf et fils de René et de Marie Bernard. Son père, forgeron de métier, était aussi un pionnier acadien.

Les premiers descendants acadiens

Mathieu Brasseur dit La Citardy et Jeanne Célestin dit Bellemère eurent onze enfants, possiblement tous nés aux Mines et à Grand-Pré, entre 1702 et 1726: Mathieu (né v1702), Anne (?), Marie (née 1707), Marguerite (née 1710), Cosme (ou Côme né 1712), Véronique (née v1717), Jean (né 1719), Claude (né v1722), Marie-Geneviève (?), Isabelle (née v1725) et Joseph (né 1726). Leurs six filles avaient épousé des Doucet, Bernard, Henry dit Robert, Poyer dit la Pintade, Doiron, Benoit, Aucoin et Poirier (deux en secondes noces); et, leurs cinq fils, des Pitre, Thibodeau, Roy, Bertrand et Daigle.

À Paspébiac, ce fut trois petits-fils (Pierre, Mathurin & François-Xavier) de Mathieu qui assura la descendance des Brasseur dit la Citardy, devenus avec le temps les LEBRASSEUR. Entre son départ de l’ancienne Acadie, enlevée aux Français par les Anglais, et son arrivée définitive à Paspébiac, cette famille parcourut de longs chemins, parsemés de détours en différents lieux, et, pendant environ une quinzaine d’années, vécut en exil, comme d’autres Acadiens, avec l’aide des autochtones Micmacs qui connaissaient les bois et les rivières, leur habitat naturel.

En Acadie, Mathieu (le 2e) était probablement né aux Mines. Vers 1727, il épousa Anne-Marie Pitre (née v1707), la fille de Jean et de Françoise Babin, de Cobequid (voir la suite de cette lignée dans l’article « Les trois mariages de Jean-Michel Chapados »). Ils eurent onze enfants: Théotiste (née v1728), Pierre (né v1731), Marguerite (née v1733), Brigitte (née v1735), François (né v1737), Mathurin (né v1739), François-Xavier (né v1741), Elisabeth-Gertrude (née v1745), Jean-Baptiste (né v1746), Marie-Josephe (née v1748) et Pélagie (née v1752).

Vers 1750, Mathieu et sa famille étaient déménagés à Port Lajoie, au sud de l’Île Saint-Jean (maintenant l’Île du Prince Édouard), ayant ainsi réussi à fuir l’oppression anglaise qui sévissait en Acadie (aujourd’hui Nouvelle-Écosse). Pour un court laps de temps d’environ huit ans, car, après la prise de Louisbourg, en juillet 1758, ils durent encore déguerpir pour éviter la déportation.

Entre temps, le 20 août 1753, Pierre (22ans) avait épousé sa voisine Marguerite Gaudet, à Port Lajoie. Puis, le 2 septembre 1753, Théotiste (25a) avait épousé Joseph Le Jeune, à Port Toulouse. Plus tard, le 9 janvier 1758, Brigitte (23a) avait épousé Martial Tessier, à Port Lajoie, quelques mois avant le départ définitif de la famille. Brigitte et Théotiste étaient-elles parties avec leurs parents, frères et soeurs ? Il semble bien que non. D’ailleurs, en 1769, Brigitte se remariait, en Martinique, où elle décéda en 1771.

De Port Lajoie, la famille se rendit au bout de la Baie des Chaleurs, à Ristigouche, là où, encore, les Anglais attaquèrent, en 1760, et occupèrent la place. De nouveau, Mathieu et les siens ne se laissèrent pas capturer. Ils partirent vers le nord, semble-t-il, en direction de la vallée du Saint-Laurent. Lors de ce départ forcé de Ristigouche, les enfants de notre fameux couple devaient avoir entre 8 et 32 ans: les cinq derniers encore d’âge mineur, les quatre premiers déjà mariés, François et Mathurin majeurs et célibataires. Mais, étaient-ils tous là, toujours ensemble ? Essayons de savoir par les recensements.

Les recensements de 1752, 1760, 1761, 1765, 1774 et 1777

En 1752, à l’Île Saint-Jean, le Sieur Joseph de la Roque avait inscrit le couple de la famille BRASSEUX, avec onze enfants, à son carnet d’inspection des habitants. Toujours selon la transcription du document original, il spécifiait bien « 5 garçons et 6 filles ». L’aînée qu’on connaît, Théotiste (24a), n’était pas inscrite. Du moins, à première vue, pas tel quel. Ce qui semble assez étrange, car elle n’était pas encore mariée, comme son frère Pierre (21a) qui était inscrit. Sans doute qu’une erreur s’était glissée dans l’inscription d’un enfant prénommé « Anthiotiste, agé de 24 mois ». D’autant plus que la liste était par ordre de sexe (garçons et filles) et d’âge pour chacun des sexes (du plus vieux au plus jeune). Anthiotiste se situait entre Jean Baptiste (6a), le cinquième garçon, et Mare Josephe (19a), la première fille, plus connue sous le prénom de Marguerite. Si cet enfant était un garçon, il serait au bon endroit dans la liste, mais il serait aussi le sixième enfant de son sexe, alors que le Sieur avait écrit « 5 garçons ». Cette hypothèse resterait en suspens, à moins que le prochain recensement nous éclaire.

À Ristigouche, le 15 juillet 1760, Marguerite Brasseur (27a) épousa Georges La Roque. Le 24 octobre, le recensement Ristigouche 1760 nous confirme la présence des familles de Mathieu Brasseux (9 personnes) et de Pierre Brassus (4p), le père et le fils. Ainsi, Mathieu (58a) et Anne-Marie Pitre (53a) devaient être avec sept enfants. Leur fils Pierre (29a) et Marguerite Gaudet (29a) étaient avec leurs deux premiers enfants (Marie-Josephe & Joseph). Les calculs nous assurent que cette famille comptait bien onze enfants, et non douze. En revanche, Joseph Le Jeune, Martial Tessier et Georges La Roque ne figurent pas dans ce recensement; les trois soeurs, Théotiste, Brigitte et Marguerite Brasseur, leurs épouses, non plus.

De même, ces trois couples et les deux familles Brasseux (le père et le fils) sont absents dans Le dénombrement des familles acadiennes réfugiées le long des Côtes de l’Acadie, qui eut lieu en juillet et en août 1761. Il est fort possible que c’est durant cette période qu’ils se seraient tous dirigés vers le nord, dans la vallée du Saint Laurent, avant de revenir sur les bords de la Baie des Chaleurs.

En 1765, lors du Recensement de la Baye des Chaleurs, Bonaventure, on retrouve Mathieu Brasseux (63a), Pre Brasseux (34a), Fs Brasseux (28a) et l’époux de sa fille Marguerite (32a), George La Roque. Ils ont tous une maison, mais plusieurs femmes et enfants sont absents. Ce qui est très particulier dans ce recensement, ce sont les enfants de moins de 15 ans. On y trouve soixante-trois garçons (trois domestiques) pour sept filles. Parmi les Brasseux, aucune fille de moins de 15 ans, mais Mathieu compte trois femmes (son épouse et deux de ses filles). Puis, le nom de François est là, mais il est absent de la colonne des hommes.

Absents des recensements de Bonaventure en 1774 et 1777, on retrouve des LeBrasseur sur celui de Paspébiac en 1777: M. avec son épouse (Anne-Marie Pitre) et un garçon de plus de 16 ans (François-Xavier), une veuve Lebrasseur (Marguerite Gaudet) avec cinq enfants (Inconnue, Joseph, Isabelle, Luce et Pierre) et Mathurin avec son épouse (Catherine-Thérèse Duguay) et trois enfants (Marguerite, Angélique, Joseph-Mathurin). Aussi, Pierre Duguet est avec sa première épouse, Marie-Josephe LeBrasseur, la fille de Pierre et Marguerite Gaudet.

Le plan de Paspébiac de 1787

Un autre document important à étudier est le plan du banc de Paspébiac de 1787. Avec les renseignements qu’il contient, on peut confirmer les enfants de Mathieu Brasseur et Anne Marie Pitre qui assurèrent la descendance patronymique à Paspébiac: Pierre, l’époux de Marguerite Gaudet; Mathurin, l’époux de Thérèse-Catherine Duguet; et François-Xavier, l’époux de Louise Gautier. Mathurin et François-Xavier habitaient respectivement les terrains 20 et 5. Le terrain 6 devait être pour Pierre, avant son décès (avant 1777), et son épouse (pê décédée avant 1787) l’aurait transmis à son fils du même nom.

Pour ce qui est des filles de Mathieu Brasseur et Anne-Marie Pitre, il y eut Marie-Josephe qui épousa Jean-Nicolas Chapado, le fils de Joannis et de Catherine Laroque; Élisabeth-Gertrude qui épousa Bénoni Cire, le fils de Jean et de Marguerite Gautrot; Pélagie qui épousa Pierre Langlois de Port-Daniel; et Marguerite qui avait épousé George Laroque, le frère de Catherine. Marie-Josephe et Jean-Nicolas étaient sur le terrain 4.  

Sur ce plan de Paspébiac, des petits-enfants du couple Brasseur et Pitre avaient aussi des terrains: le 6 pour Pierre, le fils de Pierre; le 8 pour Marie-Josephe, la fille de Pierre et épouse de Pierre Duguet; le 11 pour Joseph, le fils de Pierre et époux de Marie Huart; le 15 pour Marguerite, la fille de Mathurin et épouse de Léon Dunis; et peut-être le 21 pour Luce Lebrasseur, la fille de Pierre et épouse de Louis Lanteigne, ce terrain pouvant être celui de son beau-père du même nom que son époux.

Ayant passé de Brasseur dit la Citardy, à Brasseux, à Brasseur, le nom est finalement devenu et resté LEBRASSEUR.

***

Note ajoutée: L'original du recensement de 1752 (p. 165) du Sieur de La Roque confirme que Théotiste était inscrite sous « anthiotiste de 24 », « de 24 » signifiant « âgée de 24 ans ». Le mot « mois » n'est aucunement écrit. Sa soeur Marguerite était inscrite sous « Margte Joseph de 19 ».  

© Lucie Delarosbil, 2013

Modifications: 2 juin 2015

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