Poursuite dans la recherche de Roch

Publié le par Lucie Delarosbil

On sait que Roc Derack était présent en 1765 au recensement du comté de Gaspez, inscrit sous cette graphie un peu étrange. On ne le retrouve à nulle part ailleurs avant cette année-là. Il était peut-être arrivé à la fin de la guerre de la Conquête en 1763. On peut facilement imaginer que, partant de Plaisance ou du Pays basque, il aurait traversé jusqu'à Percé pour venir travailler au banc de pêche, qu'il aurait rencontré Geneviève Lepeau et qu'il se serait établi avec elle pour y fonder une famille.

Stephen White avait répertorié le premier Jean Daresche avec un fils et une épouse non identifiée, à date imprécise (prob. 1690) et sans aucun lieu. Jean Darache, le second répertorié, avait plus de détails : un fils au recensement de Plaisance en 1705, à la Grande-Grève, pas d'épouse. Et si ce fils était le père de Roch, on peut imaginer, tenter quelque chose.

Soixante années séparent 1705 et 1765. C'est un long moment quand on n'a rien de concret entre les deux. Il faut quand même partir de quelque part, bien que l'on sache que Roch pouvait venir d'ailleurs que de Plaisance. Quand on n'a rien de concret entre les deux, on imagine, on spécule, on cherche des pistes, des indices, on élabore des hypothèses, on trace des chemins pour nous guider. C'est ce qu'on fait quand on est à la recherche, on fouille, on fouille, on invente des âges, des dates, des noms, des lieux, des unions, on fabule, on fantasme, on a le choix.

On peut imaginer un Jean Darache, étant veuf ou ayant une épouse au Pays basque, en 1705 à Plaisance, avec son fils homonyme âgé entre 12 et 15 ans (donc né entre 1690 et 1693) qui aura à son tour un fils vers 30 ou 40 ans, entre 1720 et 1733, lequel serait Roch. Ce qui donnerait à ce dernier entre 30 et 45 ans en 1763-1765. À 12 ans, un garçon peut être mousse avant de devenir matelot à 18 ans. Sans doute né entre 1670 et 1680, Jean, le père, aurait pu alors amener son fils avec lui à partir du Pays basque. Que dit le pays sur ses marins basques ? Que dit le grand répertoire ? 

Dans les sections du patronyme et ses variantes, le livre de Jean-Claude Paronnaud répertorie un Jean Darrac, trois Darrache (aucun Jean), deux Darracq dont un Jean, trois Darrèche (Jean, Jeannot, Joannis) et trente-huit Darretche (quinze Jean ou Joannis et deux Pierre), mais aucun Roch. Je spécifie les deux Pierre à cause du prénom de Roch qui évoque la pierre, le roc, le rocher. Oups ! Le rocher percé ! Maintenant, trions selon les indices, réels et imaginés. Débutons avec les Jean ou Joannis :

* Jean DARRAC, de Ciboure. En 1709 il est officier-marinier, présent à Plaisance à Terre-Neuve (ça pourrait être le père);
* Jean DARRACQ (ou Joannis), né vers 1694-1695 à Ciboure, fils de Jean et Marie DAGUERRE, marié à Domeings DARRETCHE, maison Chanicotenea. En 1725, il est contremaître sur le Saint Jean pour la pêche à Terre-Neuve. De 1731 à 1753, il navigue sur les côtes autour de Louisbourg (ça pourrait être le fils);
* Joannis DARRÈCHE, né en 1695 à Saint Jean-de-Luz, fils de Joannis, il est marié à França DIBAROLLA, maison Boutounea. De 1737 à 1743, il pêche à la morue à l'Île Royale et à Terre-Neuve (lui aussi pourrait être le fils, la mère n'est pas identifiée);
* Joannis DARRETCHE, né en 1691 ou 1694 à Saint Jean-de-Luz, fils de Joannis, capitaine de navire, et Marie DOLAGARAY, maison Joantaguitonea, il est matelot en 1715 et passager pour l'Île Royale en 1724 (ça pourrait encore être le fils);
* Joannis DARRETCHE, né en 1677 à Ciboure. En 1725, il est pilote sur le brigantin le Saint-Pierre en route pour Terre-Neuve (ça pourrait être le père);
* Joannis DARRETCHE, né en 1720 à Ciboure, fils de Jean Peritz et Marie HIRIBARREN, maison Pouyanne. De 1737 à 1761, il navigue sur au moins quatre vaisseaux, était devenu capitaine en 1743 (ça pourrait être le fils imaginé du fils réel).

Pour ce qui est des deux Pierre DARRETCHE, l'un était né en 1716 à Ciboure, fils de Martin et Marie DETCHEPARE, marié à Jeanne DAPESTEGUY, maison Harotchenia; de 1739 à 1743, il était pilote à Terre-Neuve. L'autre Pierre était né en 1733 à Urrugne, fils de Pierre et Marie TOULON, deux fois marié au Pays basque; dès 1750, il navigue dans l'Île Royale, de 1766 à 1771 à Saint Pierre et Miquelon et Terre-Neuve; en 1778, il part au service du roi; le 24 juin 1779, il meurt à Fort Royal de la Martinique. Bref, aucun Jean ou Joannis n'apparaît dans ces descriptions. Et pourtant... 

Des recherches dans les registres civils au Pays basque deviennent nécessaires, particulièrement dans les communes de Ciboure et de Saint Jean-de-Luz.

À suivre...

© Lucie Delarosbil, 2025

Publié dans Dereche

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